Audience FLAREP au Ministère 07-02-19 – Compte rendu FELCO-OCBI

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Pour le Ministère

  • Mathieu Lahaye, conseiller en charge des langues régionales
  • Pierre Laporte, DGESCO, Mission langue française et langues de France, sous-direction du socle commun, de la personnalisation des parcours scolaires et de l’orientation
  • Nicolas Ginsburger, DGESCO, Adjoint au chef de bureau des lycées généraux et technologiques.

Pour la FLAREP

  • Alà BAYLAC FERRER – APLEC (Associació per a l’ensenyament del català), secrétaire FLAREP représentant le président Delobel.
  • Jean-Paul COUCHÉ – ANVT (flamand occidental)
  • Vonig FRAVAL – DIV YEZH (association de parents d’élèves pour l’enseignement du breton à l’école publique)
  • Gilbert MERCADIER – FELCO (Fédération des enseignants de langue et culture d’oc – enseignement public)
  • Olivier PASQUETTI – FELCO
  • Martina RALU – OCBI (association pour le bilinguisme français-occitan dans l’enseignement public).
  • Marie-Jeanne VERNY – FELCO

L’audience commence par une courte intervention de Monsieur Lahaye qui souhaite rassurer la délégation sur les intentions du gouvernement en matière de langues régionales, tout en rappelant la contrainte des économies de moyens, notamment en termes d’emploi. Selon lui, la réforme permettrait des possibilités importantes. Il insiste sur l’entrée des LVR dans les EDS, il souligne qu’après la réunion précédente il a tenu compte des critiques faites par la délégation quant au respect des textes et demandé aux recteurs de réunir les CALR ; il insiste aussi sur le besoin de cohérence entre 1er et 2nd degrés.

Il précise qu’il a été question des langues régionales lors de la récente réunion des recteurs à Paris où les recteurs des académies concernées ont été encouragés à prendre en compte les langues régionales et à ouvrir des spécialités.

Alà Baylac Ferrer (Secrétaire FLAREP, Psdt APLEC, représentant le président Delobel, qu’il excuse)

introduit la délégation FLAREP. Il regrette que le Ministre lui-même n’ait pas jugé bon de rencontrer les représentants des LR. Si la délégation a été accueillie avec des mots de bienvenue optimistes, les membres qui la composent ne partagent pas cet optimisme. Sur le terrain, le mécontentement est généralisé. Il y a trois types de problèmes : la réforme lycées, les postes, les DGH

Monsieur Lahaye ne nie pas le ressenti mais le considère comme injustifié. Selon lui, les militants d’une cause doivent reconnaître les avancées, sinon ils risquent de décourager les auteurs de ces avancées. Il précise que le Conseil supérieur de l’Éducation (CSE) a voté le 6 février la possibilité d’inclure les langues vivantes régionales dans les Enseignements de spécialité (EDS)[1] et que, nouveauté, cet enseignement de spécialité pour les langues régionales, et probablement pour d’autres « petites langues », pourra être choisi non seulement par des élèves ayant la LR en LVB mais aussi par des élèves ayant pris la LR en option facultative (LVC). Il ajoute qu’un enseignement de spécialité ne peut pas être visible tant qu’il n’est pas créé. Cette mention va figurer dans le document qui va être donné aux élèves de 3ème. Les académies étudient actuellement les localisations des EDS.

Après ces réponses, les autres membres de la délégation prennent la parole. Les trois représentants de la FELCO et la représentante d’OCBI commentent les documents remis au Ministère (voir http://www.felco-creo.org/05-02-19-audience-flarep-au-ministere-document-felco-ocbi/) qui

  • font un état général de la situation de désarroi sur le terrain et expriment des revendications pour que la réforme ne signe pas la mort des langues régionales
  • proposent un état des lieux académie par académie.

La FELCO et OCBI feront remonter dans les semaines prochaines un tableau précis contenant les données suivantes :

  • Établissements où les enseignements sont supprimés
  • Établissements connaissant des réductions d’horaires, chiffrage précis de celles-ci.
  • Nombre de lycées proposant un enseignement sous des formes diverses / Nb total de lycées
  • Établissements où l’EDS est implanté

Intervention d’Olivier Pasquetti (FELCO)

Olivier Pasquetti se fait le porte-parole des professeurs du second degré pour Nice et Aix mais élargit aussi son propos sur certains sujets à l’ensemble des académies occitanes : aujourd’hui, dit-il, on se sent tous humiliés, méprisés. Les conseils pédagogiques et les conseils d’administration ressemblent à des lieux de marchandages où les disciplines dont le nombre d’enseignants est le plus important « emportent le morceau », et il est bien connu que les professeurs d’occitan, souvent seuls à représenter leur discipline au sein d’un établissement, ne sont pas « rentables » dans le calcul mis en place par cette réforme. Cette situation de concurrence crée des tensions qui font ressembler les lycées publics à des officines privées régies par la « loi » de la concurrence, au détriment du respect des textes officiels qui proclament la bienveillance ministérielle à l’égard des LR.

Les membres de la délégation soulignent que l’enseignement de spécialité reste une pure virtualité lorsque les chefs d’établissements n’ont pas les moyens de l’organiser, de même que l’enseignement de langue vivante B. Par ailleurs, la majorité des élèves prenant l’occitan en option facultative, l’existence de la possibilité d’enseignements de spécialité aura peu d’effets sur les effectifs.

Olivier Pasquetti annonce par exemple que l’académie d’Aix-Marseille, dès la rentrée 2019, perdra 8 implantations sur 22 lycées à cause de la réforme, et que ce chiffre s’élève à 4 lycées sur 10 pour l’académie de Nice. Ces deux académies vont être sinistrées.

Intervention de Martine Ralu (OCBI)

Martine Ralu s’exprime pour les académies de Bordeaux et de Limoges et évoque les préoccupations d’OCBI quant au détricotage du patient édifice construit récemment qui mettait en cohérence les enseignements de la maternelle à l’Université avec la reprise de formations universitaires à Pau et à Bordeaux.

Elle indique aussi que la convention cadre, signée conformément à la loi, a été déclinée en conventions académiques, comme prévu, pour l’académie de Bordeaux et de Limoges mais qu’à Limoges elle n’a été suivie d’aucun effet. Elle ne met pas en doute la bonne volonté du Recteur Olivier Dugrip, qui contraste avec l’attitude d’autres recteurs qui ne respectent pas la convention État régions (dont Montpellier et Toulouse qui n’ont pas, à ce jour, signé les conventions académiques additionnelles), mais il n’en demeure pas moins que cette académie souffrira comme les autres des conséquences de la réforme des lycées.

On sait déjà que les prévisions d’effectifs en option facultative sont à la baisse.

MJ Verny s’exprime ensuite pour la FELCO.

Elle évoque la situation des académies de Clermont, Grenoble et Montpellier, sinistrées, à des degrés divers (Voir document de synthèse).

Elle souligne qu’à Clermont, il n’y a que deux enseignants certifiés en poste et que l’un d’entre eux est en congé maladie suite à une absence de reconnaissance par sa hiérarchie. Par ailleurs, la ressource humaine est mal employée : une collègue titulaire du CRPE langues régionales est affectée depuis une dizaine d’années sur des remplacements (c’est-à-dire, en ce moment, 600 km / semaine dans une région de montagne !) et elle ne peut enseigner l’occitan conformément à ses compétences, à sa formation universitaire (licence d’occitan), et à son succès au concours.

Elle pose la question du coefficient de l’épreuve facultative (à peine 1 % de l’ensemble des coefficients du bac) ; si ce coefficient reste en l’état, on aboutira automatiquement à une désaffection des élèves. Elle pose également la question du contrôle continu qui ne permettra pas à des candidats libres de valoriser leurs compétences comme auparavant et de choisir telle ou telle modalité (Langue vivante B ou option) si leur établissement ne propose pas d’enseignement ou s’ils ne peuvent pas le suivre (notamment pour des questions d’emplois du temps).

Monsieur Lahaye répond que le MEN est conscient du problème et recherche des solutions pour les langues régionales mais aussi pour d’autres disciplines.

Madame Verny pose également la question de la possibilité, en cours de cursus, pour un élève de passer de langue vivante B à Langue vivante C, ce qui était possible dans le cadre actuel.

Monsieur Lahaye répond qu’il va se renseigner sur les possibilités de statuer sur cette question.

Une discussion s’engage au sujet de la réforme qui, selon Monsieur Lahaye, responsabiliserait les élèves dans leur choix de parcours.

Madame Verny émet des doutes quant à l’intérêt de la « liberté » qui leur serait ainsi laissée. Elle constate plutôt dans son entourage inquiétude, incompréhension et désarroi de la part des familles, des élèves et des enseignants quant à des parcours d’une complexité sans nom.

Par ailleurs, en ce qui concerne l’occitan, l’offre de formation est très inégalement répartie selon les territoires (exemple de Clermont (2 postes de certifiés dont 1 gelé) ou Grenoble (aucun poste actuellement, même si une collègue y est affectée comme certifiée stagiaire d’où la demande de stabiliser cette collègue par la création d’un support), mais aussi de Montpellier, académie passés de 56 postes d’enseignants du second degré au début des années 2000 à une petite trentaine actuellement dont le service est par ailleurs majoritairement effectué dans la discipline de complément (« valence » du CAPES).

Monsieur Lahaye insiste une fois de plus sur la liberté de gestion académique des moyens.

Madame Verny souligne que l’offre de formation des établissements est subordonnée à des DHG contraintes et que l’absence de moyens spécifiques étiquetés « langues régionales » ne peut que défavoriser les académies qui ont la charge d’en organiser l’enseignement par rapport aux autres et creuser d’année en année les écarts d’une académie concernée à l’autre.

En ce qui concerne les coefficients et l’inégalité LCR / LCA, monsieur Lahaye souligne la volonté du gouvernement de limiter par un coefficient valorisé l’érosion des effectifs en LCA, ce qui amène la délégation à se demander si le Ministère attend la mort des LR pour revaloriser leur coefficient.

Gilbert Mercadier intervient pour la FELCO

Il rappelle les engagements de Monsieur le Président de la République : « Les langues régionales jouent leur rôle dans l’enracinement qui fait la force des régions. Nous allons pérenniser leur enseignement » (Quimper 21 juin 2018). Il rappelle aussi que pendant la campagne présidentielle, « En Marche » avait répondu très positivement aux associations bretonnes ainsi qu’aux organismes œuvrant pour la langue et la culture occitanes.

En ce qui concerne Toulouse, G. Mercadier rappelle que cette académie a eu depuis les années 80 une politique de développement de l’enseignement de l’occitan portée par de grands recteurs parmi lesquels l’historien Philippe Joutard, Jean Paul de Gaudemar, Nicole Belloubet, actuelle Ministre de la justice ou encore Olivier Dugrip, actuel recteur de Bordeaux qui a participé à un film d’information J’apprends en deux langues (Voir https://fabrica.occitanica.eu/fr/labasa/14492) sur l’enseignement bilingue, qu’il serait utile peut-être de présenter au Ministère. Cette politique, fondée sur un contingent spécifique géré par le rectorat, a été soutenue par divers ministres ; elle a permis de développer l’offre d’enseignement dans 174 établissements pour 12 200 élèves et devait être relancée par la convention cadre État/Régions signée, conformément à la loi et au code de l’éducation.

Or l’académie de Toulouse est passée brutalement d’une politique de développement à une politique de dépouillement. Elle subit comme d’autres, on l’a vu pour Nice Aix et Montpellier, une double condamnation, une double peine qui ont été dénoncées en conférence de presse par  la Région signataire de la convention, l’université, des élus, les syndicats et les associations.

  • La première condamnation arrive de Paris avec la réduction des possibilités et la dévalorisation de celles qui restent. (Cf. le tableau qui a été remis, et qui est annexé au présent compte-rendu) Auparavant, deux options facultatives étaient possibles pour les LR, il n’en reste plus qu’une seule et elle est très peu attractive du fait du poids dérisoire du coefficient, ce qu’expliquent certains chefs d’établissement aux élèves… Or, jusqu’à présent, les élèves choisissaient fréquemment l’occitan comme 2ème voire, lorsque c’était possible, comme 3ème facultative. La langue 2 (désormais langue B) est proposée dans peu d’établissements et rarement choisie.

Par ailleurs, dans le cadre de la réforme, le latin reste la seule deuxième option possible. Elle est la seule bonifiante avec un coefficient de 3. Elle est donc très attractive. Pour éviter l’impression de traitement discriminatoire, il faut remettre les langues régionales à égalité avec les LCA

  • Quant à la deuxième condamnation qui touche l’Académie de Toulouse, il s’agit du non-respect de la convention. Les services du rectorat ont supprimé, confisqué, disent certains, le contingent spécifique (50 ETP) géré par le rectorat qui permettait de compléter si nécessaire les moyens des établissements pour assurer correctement l’enseignement de l’occitan.

Cette décision crée le chaos dans les établissements.

  • Suppression ou réduction de cours : 60% au moins des établissements sont touchés dont 10 lycées qui ont actuellement annoncé la fermeture totale des cours
  • Conflits autour de la DGH comme c’est le cas à Aix et Nice et d’une manière générale dans l’ensemble des académies
  • L’enseignement de l’occitan est abandonné au bon ou au mauvais vouloir d’un gestionnaire académique, des DASEN, des chefs d’établissements

À ce propos un débat s’instaure sur l’autonomie des établissements défendue par M. Lahaye. La délégation considère qu’il ne peut y avoir de politique de développement de l’enseignement des langues régionales si chaque niveau de la hiérarchie peut décider du maintien ou de la suppression de cet enseignement au mépris de la loi et les textes (code 312-10 du code de l’éducation, conventions). Elle souhaite que les textes et lois soient respectés et espère ne pas avoir à présenter des recours pour qu’ils le soient.

Vonig Fraval s’exprime au nom de Div Yezh

« Nous partageons les mêmes questionnements que les collègues », dit-elle et nous voulons insister sur la sécurisation des parcours bilingues et de l’option. Par ailleurs, nous posons d’autres questions :

  • valorisation des DNL et création d’autres DNL. Le texte qui régit les DNL est la circulaire 22 décembre 2018. Selon Div Yezh, les enseignements de DNL doivent être également possibles dans l’ensemble des filières technologiques et non pas uniquement la filière STHR.
  • demande que les enseignements de spécialité puissent être délivrés en langue régionale, notamment la spécialité « histoire – géopolitique et sciences politiques » puisque des enseignants d’histoire-géographie compétents en langue régionale sont présents dans les établissements.

M. Ginsburger précise que les DNL sont possibles en filières générales et technologiques

M.Lahaye prend note de l’absence d’arrêté d’extension de l’IPR de breton à la Loire-Atlantique. Il entend le manque de moyens enseignants (2 postes de CAPES de breton) et contactera la rectrice de Rennes concernant le nombre de postes au CRPE bilingue (17 postes au CRPE en 2019 ?) car c’est un arbitrage académique. Il entend les inquiétudes quant au changement de maquette des ESPE et à la place des langues régionales dans la formation des enseignants bilingues.

Div Yezh se fait le porte-parole d’un besoin général : celui de la généralisation d’une sensibilisation des futurs enseignants non bilingues aux langues et cultures régionale

Intervention de Jean-Paul Couché (ANVT) : Situation du flamand occidental et du francoprovençal

En l’absence de Marc Bron, Jean-Paul Couché s’exprime pour les deux langues. Il rappelle qu’il s’agit d’une 4ème réunion au ministère dans le cadre des rencontres FLAREP depuis les dernières présidentielles. Lors de la première entrevue, la situation de discrimination vécue par ces deux langues de France a été expliquée puis confirmée lors de la deuxième entrevue. Lors de la troisième, M. Lahaye avait informé la délégation que les services du ministère travaillaient sur cette question qui à leurs yeux n’était pas facile à traiter. Jean-Paul Couché demande donc quelles sont les avancées du ministère sur ce sujet 7 mois après la dernière rencontre alors qu’il semble mettre un point d’honneur à résoudre certaines situations. Il rappelle le taux important d’adhésion des familles là où une initiation est permise.

Notre interlocuteur n’a aucune nouvelle information à communiquer. Le seul intérêt qu’il manifeste porte sur le périmètre d’usage du flamand occidental… Il nous informe que toute décision pour cette langue serait interministérielle car elle semblerait être sous influence de la Flandre belge, ce que nous savons déjà et que nous dénonçons comme une ingérence inadmissible tolérée par l’État français qui a trouvé là un bon moyen de ne pas faire.

JP Couché propose de se mettre autour de la table avec la Région Hauts-de-France et les services concernés afin de traiter cette question comme il se doit.

Monsieur Lahaye prend note et promet de revenir vers nous sur ce sujet.

Concernant le francoprovençal nous rappelons que son enseignement existe et que les élèves passant l’option au baccalauréat le font par un artifice qui consiste à la passer sous couvert d’une autre langue (l’occitan). Rien ne s’oppose donc à valider ce qui existe déjà puisque l’administration le sait et l’admet. Là aussi M. Lahaye prend note. JP Couché invite le ministère à se sortir par le haut de ces deux situations qui n’ont que trop duré.

***

Au cours de l’audience, l’ensemble de la délégation a insisté à quatre reprises sur la nécessité que les LR soient traitées à minima comme les LCA

  • sur la question du coefficient,
  • sur la possibilité du cumul de l’occitan avec une autre option
  • sur un enseignement de spécialité qui serait spécifique, autonome comme celui des LCA et non pas groupé et concurrentiel avec une LV étrangère.

Sur ce point et face à notre insistance pour connaître les raisons de cette discrimination, Monsieur Lahaye est resté très évasif.

En conclusion

la délégation rappelle

  • la nécessité d’une loi, pour en finir avec l’arbitraire, loi à laquelle était favorable le candidat Emmanuel Macron
  • que l’année 2019 a été proclamée année internationale des langues autochtones (pour nous régionales) par L’UNESCO. La délégation souhaite que la France puisse présenter un bilan positif, tout en constatant que de toute évidence elle n’en prend pas le chemin.

[1] Ou« EDS »

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