Note FELCO : sur un livre qui a soulevé de nombreux débats, on lira avec intérêt l’analyse critique fouillée de Philippe MARTEL
Françoise Morvan, Le monde comme si. Nationalisme et dérive identitaire en Bretagne, Arles, Actes Sud, 2002, 344 p. ; rééd. Arles, Babel/Actes Sud (no 88), 2004, 392 p.
Voilà un livre dont il n’est pas aisé de rendre compte. Il associe
plusieurs dimensions, qui ne sont pas de même nature, et posent des problèmes divers.
À un premier niveau, et malgré un sous-titre d’apparence froidement scientifique, ce livre est un grand cri d’amour déçu, qui vire au cri de haine. Et, pour rester dans le cadre breton, c’est un peu l’anti Comment peut-on être Breton ? de Morvan Lebesque. On a donc là un itinéraire personnel, conté sur un ton allègre, virant parfois au persiflage. En gros, l’histoire qui nous est racontée est exemplaire : une petite Bretonne de Paris prend un « coup de Breizh » sur la tête, devient militante de la cause bretonne, au point de se faire muter dans un collège de Bretagne intérieure, participe à la création d’une école Diwan, en dépit de toutes les oppositions qu’elle rencontre, se fait traductrice de poètes bretons, bien qu’ils soient épouvantablement mauvais, et finit par choisir comme sujet de thèse d’État d’abord l’étude d’un poète breton de langue française, Armand Robin, avant d’entreprendre dans une seconde thèse l’édition des carnets d’enquête du poète et folkloriste François Luzel, une des sommités de la culture bretonne au xixe siècle, célébré par Sainte-Beuve et ami de Renan. Là-dessus, elle est victime des agissements de son directeur de thèse, une autre sommité du mouvement breton — mais du xxe siècle. Et c’est alors que les yeux de Françoise Morvan se dessillent, et qu’elle découvre que le mouvement breton a été fondé par des fascistes, dont son directeur de thèse est l’héritier direct, que la conception de la langue et de la culture bretonne développée par ce mouvement est elle-même idéologiquement très suspecte. Elle découvre enfin que dès qu’elle ose braver le tabou et dire tout cela à haute voix, elle se trouve en butte à une persécution généralisée, avec la quasi-totalité de la mouvance des défenseurs du breton à ses trousses. Tandis qu’in fine apparaît à ses yeux la seule cause qui vaille d’être défendue, celle de la francophonie. Car s’il est une langue qui recule, dans le monde entier, et qu’il faut sauver de toute urgence, c’est bien le français…
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