Le conseil académique pour l’enseignement de l’occitan (CAEOC) s’est tenu ce lundi 24 Juin 2026 à 14h. Vous trouverez ci-dessous la déclaration liminaire du CREO Toulouse qui a éte lue par Muriel Batbie, sa présidente.
Monsieur le Recteur,
Mesdames et Messieurs, représentants des institutions, des collectivités territoriales, des organisations syndicales et des associations partenaires,
Au nom du CREO de l’Académie de Toulouse, je tiens tout d’abord à remercier Monsieur le Recteur pour l’organisation de ce Conseil académique, ainsi que pour la qualité du dialogue et des échanges constructifs qui se sont instaurés au sein de la plupart des groupes de travail, en collaboration avec les services académiques.
Ces réunions ont tout d’abord permis de mettre en lumière une dynamique : partout sur notre territoire, des enseignants, des conseillers pédagogiques, des familles s’investissent quotidiennement pour faire vivre et transmettre la langue occitane bien au-delà des classes, avec le soutien des collectivités et des associations partenaires.
Le CREO souhaite également rappeler ce qui fait sa singularité.
Notre organisation rassemble des personnels de l’Éducation nationale qui sont aussi, souvent, des représentants associatifs et des acteurs engagés quotidiennement dans la transmission de la langue occitane. Cette proximité avec le terrain nous permet d’observer au plus près les réussites, les difficultés et les attentes des familles comme des équipes pédagogiques.
C’est pourquoi nous souhaiterions, et vous demandons, Monsieur le Recteur, Mesdames et Messieurs, responsables institutionnels et des collectivités territoriales, que l’expertise des acteurs de terrain puisse être davantage mobilisée en amont des instances de concertation et des groupes de travail. La qualité du dialogue institutionnel ne peut que gagner à s’appuyer sur cette connaissance fine des réalités locales.
Concernant les ouvertures de sites bilingues, le CREO se réjouit des ouvertures annoncées pour la rentrée 2026 à Saint-Girons, Samatan et Cadours. Ces créations constituent des signaux positifs qui appellent une amplification et une accélération de la politique de développement des sites bilingues.
À ce titre, nous souhaitons particulièrement souligner l’exemple de l’Ariège. En l’espace d’une année scolaire, une nouvelle filière bilingue a pu être préparée, construite et ouverte grâce à une volonté affirmée des services académiques et à la mise en place d’un accompagnement structuré des équipes pédagogiques de l’école accueillant cette ouverture. Cette expérience démontre que les délais et les conditions à réunir souvent présentés comme incompressibles ne le sont pas toujours et qu’une politique volontariste peut produire des résultats rapides.
Pour autant, nous le savons tous, trois ouvertures pour huit départements ne sauraient constituer à elles seules une réponse à la hauteur des enjeux de développement tels que définis par la Loi. Nous souhaitons néanmoins qu’elles marquent une étape et servent de point d’appui à une amplification de la dynamique dans les années à venir. Cette dynamique est d’ores et déjà à l’œuvre, comme en témoignent également les délibérations adoptées par un nombre croissant de municipalités en faveur de l’ouverture de parcours bilingues sur leur territoire. L’État et les collectivités, en responsabilité partagée, doivent pouvoir répondre à ces demandes et mettre en place des accompagnements spécifiques.
Le CREO souhaite également souligner les évolutions récentes observées dans le Lot via les annonces reçues par la DSDEN après le groupe de travail du 12 juin dernier, qui semblent constituer une amorce de sortie de crise. Après plusieurs mois de fortes inquiétudes exprimées par tous les partenaires unanimement, les annonces de cette semaine relatives au maintien d’un poste de conseiller pédagogique départemental occitan à temps plein constituent un signal d’ouverture apprécié, ainsi que la mise en place annoncée d’un appel à contributions préalable aux futurs groupes de travail et qui serait piloté par le futur Conseiller Pédagogique. Nous apprécions cette volonté de consultation en amont des instances, qui pourrait, par ailleurs, être généralisée à tous les départements. Mais nous formons le voeu que le recrutement de Conseiller pédagogique dans le Lot soit effectif et concrétisé, car plusieurs éléments manquent au dossier : la fiche de poste définitive de futur CPD, la description de la mission, les modalités de recrutement, la composition de la commission d’entretien, le calendrier de décision. Le CAEOC n’étant pas une fin en soi, nous serons attentifs à la suite des événements. Le CREO ainsi que ses partenaires ne pourraient imaginer qu’un tel poste soit laissé vacant ou que les missions en soient affaiblies.
Nous demeurons également inquiets pour l’école Clément Brouqui de Gramat prévisionnels chargés dans un contexte de suppression de poste annoncée.
Les groupes de travail ont également fait émerger plusieurs préoccupations récurrentes.
La première concerne la continuité des parcours. Dans de nombreux secteurs, le passage de l’école au collège, puis au lycée, demeure fragile. Les ruptures de parcours s’y multiplient, alimentées par la concurrence entre dispositifs (sections bilingues et options, ou entre options elles-mêmes), les réformes nationales successives (dont celle du Brevet des Collèges récemment), ainsi que par l’autonomie croissante des établissements.
À cela s’ajoutent, dans le secondaire, la baisse globale des effectifs et, dans certains cas, la disparition de l’enseignement de l’occitan, comme on l’a observé dans trois lycées de l’Aveyron en seulement cinq ans, et pour d’autres qui sont en sursis. De plus, les conditions de travail compliquées pour les professeurs exerçant sur plusieurs établissements (jusqu’à 4 établissements) et les limitant dans le développement de projets, le manque encore prégnant de légitimité ou d’équité par rapport aux autres disciplines, sont autant de facteurs qui nourrissent de vives inquiétudes quant à l’avenir à très court terme.
Le CREO formule le souhait que la question du secondaire soit également au cœur de nos préoccupations. Car l’enjeu est important : le lycée constitue un vivier pour l’université et la formation continue, indispensable à la ressource humaine attendue pour développer l’enseignement.
Aussi, plusieurs demandes de collègues ont-elles été formulées pour le retour d’une mise en place structurée de la sensibilisation généralisée au collège ou au lycée. D’autres idées et stratégies de développement pourraient être partagées à l’occasion de temps dédiés : extension des groupes de travail, journées de stages spécifiques, formation des enseignants…
Dans tous les cas, une prise en charge de la question du secondaire nous semble urgente et nous formulons cette demande de temps dédié autour d’un comité d’expertise qui pourrait être piloté par l’institution et constitué d’enseignants du secondaire issus des différents départements,
Monsieur le Recteur, Mesdames et Messieurs, le CREO réaffirme aujourd’hui sa volonté de poursuivre un travail de concertation exigeant, constructif et loyal avec l’institution ainsi que l’ensemble des partenaires présents autour de cette table.
Nous espérons que ce Conseil académique permettra de dégager des perspectives concrètes au travers de la future Convention et de conforter une ambition partagée : permettre d’accéder à un enseignement de l’occitan de qualité offert au plus grand nombre, dans un parcours continu et pérenne, ceci dans l’esprit de la loi de 2021 relative à la protection et à la promotion des langues régionales.
L’occitan constitue un patrimoine linguistique, culturel et humain exceptionnel. Son enseignement participe pleinement à l’ouverture culturelle des élèves, à la valorisation, à l’attractivité des territoires et à la construction d’une école humaniste attentive à la diversité des langues et des cultures.
Pour le Conseil d’Administration du CREO de l’Académie de Toulouse, je vous remercie de votre attention, Muriel Batbie-Castell, présidente