Après la cérémonie des voeux de la ville de Montpellier – lettre à Monsieur le Maire, psdt de la Métropole

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 Marie-Jeanne Verny                    Montpellier le 14 janvier 2018
Professeur des Universités
Présidente du CREO-Lengadòc
lengadoc@felco-creo.org

à Monsieur le Maire de la Ville de Montpellier
Président de Montpellier Méditerranée Métropole

Objet : après la cérémonie des vœux du 9 janvier 2018  – Lire la lettre en PDF : 1801-14-CREO-Lettre Saurel après voeux

Monsieur le Maire
Je vous remercie très chaleureusement, au nom du CREO Lengadòc que je préside et de la FELCO dont je suis la secrétaire-adjointe, de votre invitation à la cérémonie des vœux du 9 janvier 2018.
J’ai suivi attentivement votre allocution et mesuré l’ampleur du travail accompli. Je vous en félicite, ainsi que l’équipe dont vous avez su vous entourer.
Cela étant, je reste sur une immense déception : aucun mot, aucune allusion, dans vos propos, à la culture occitane, à la langue occitane, qui sont, sans exclusive évidemment, une des composantes de la personnalité multiple de notre ville.
Il y a 3 ans, en octobre 2015, lors de la manifestation occitane, notre ville était pavoisée de drapeaux mettant en lumière la langue occitane. En cette rentrée 2015, les étudiants de notre Université venus d’autres régions, voire d’autres pays, dont beaucoup choisissent de s’intéresser à l’occitan, nous disaient le plaisir de cette découverte qu’il y avait, dans leur ville d’accueil, ce « plus » culturel et linguistique.
Depuis, plus rien dans notre ville, dans notre métropole…

    Ou presque, car je ne voudrais pas être injuste : vous avez aidé le colloque de la FLAREP en octobre 2016 à hauteur de 4000 euros comprenant l’occupation à titre gracieux de la belle salle Molière, vous accordez au CREO une subvention de 1000 euros. Il y a eu votre présence lors de l’inauguration de la belle exposition Max Rouquette à la BMVR. Il y a eu les annonces dans le tram 4. Mais je suis habituée au métro de Toulouse où les annonces sont prononcées d’une belle voix audible. Dans le tram, il faut avoir l’oreille bien affûtée pour reconnaître de l’occitan et une seule ligne est concernée. Il y a une page dans le bulletin municipal… Il y a eu l’inauguration du site bilingue public Francis Garnier, un événement d’importance pour les militants de l’école publique que nous sommes. Il y a donc à présent deux sites bilingues publics en comptant Sévigné.
Mais, Monsieur le Maire, pardonnez- moi : à la hauteur de la progression démographique de Montpellier dont vous vous êtes réjoui ce 9 janvier, en comparaison avec les budgets que vous avez énoncés, quel poids ces mesures ont-elles ? Vous avez évoqué les nouvelles écoles en construction. Parmi celles-ci, aucun nouveau site bilingue n’est prévu…

    L’an dernier, à la même époque, j’animais un débat auquel vous participiez avec Gilles Siméoni, maire de Bastia et récemment réélu président de la nouvelle collectivité territoriale de Corse. Gilles Siméoni avait insisté sur la politique linguistique et culturelle de la Corse, dans un esprit d’ouverture opposé à tous les enfermements communautaristes. Pour votre part, d’après mes souvenirs, vous aviez mis en opposition la culture occitane et le caractère cosmopolite de notre ville qui accueille de nouveaux habitants venus de multiples territoires. Mais nous pensons, nous militants occitanistes que notre langue, notre culture, pas plus que quelque culture que ce soit, ne sont pas à réserver aux locaux ! Notre culture a une vocation universelle représentée par ses écrivains qui, des troubadours à Max Rouquette, en passant par Mistral, ne se sont jamais cantonnés au « local » ; nous souhaitons l’offrir à tous ceux que nous accueillons. Les enfants de nos deux sites bilingues publics sont de toutes origines et ceux qui sont déjà bilingues à la maison profitent d’autant mieux de ce nouveau bilinguisme occitan / français qui valorise la diversité culturelle dont ils sont porteurs. Le public que nous accueillons chaque mois lors des rencontres occitanes Sauramps que j’anime avec mon collègue Jean-Claude Forêt, est un public curieux, de provenances diverses. Nos étudiants d’occitan, à Paul-Valéry, viennent aussi du Brésil, d’Allemagne, du Canada, des USA…

    Il y aurait tant de choses à faire, pas forcément très coûteuses au regard des budgets de la ville, et peut-être porteuses, pour celle-ci, d’une amélioration de son image auprès de ceux qui refusent l’uniformité qui envahit nos villes et nos paysages.
Montpellier prochainement capitale culturelle ? Nous le souhaitons ardemment ! Mais comment imaginer qu’à côté de ses villes jumelles Bastia ou Barcelone qui cultivent leur double identité, Montpellier se confine à un monolinguisme français, fût-il mâtiné de French tech ?
Monsieur le Maire, il faut vraiment que nous ayons une rencontre sur la question, avec Guy Barral, en charge de la culture occitane, avec Bernard Travier, en charge de la Culture, avec Isabelle Marsala, en chargé de la réussite éducative.
Vous trouverez en annexe quelques idées de ce que peut faire une ville / une agglomération / une métropole pour valoriser la langue et la culture occitanes
Dans l’attente d’une audience que vous voudrez bien nous accorder, avec les élus auxquels je fais allusion, je vous prie d’agréer, Monsieur le Maire, l’expression de ma haute considération.

Annexe : ce que peut faire une ville / une métropole pour la culture occitane

– Création, comme à Toulouse, par exemple, d’un emploi de chargé de mission langue et culture occitane

Emploi de la langue dans l’espace public

  • usage de la langue dans les transports en commun
  • chronique dans le bulletin municipal- sous-titrage des articles
  • répondeur téléphonique (musique oc ou message bilingue)
  • signalétique intégrant la langue et la culture d’oc : entrées et sorties de la commune, noms de rues et de bâtiments, itinéraires de randonnée, avec travail sur la toponymie et la microtoponymie et édition de plaquettes (des prototypes existent, par exemple autour de Saussan, Saint-Jean-de Védas, Pignan : édition d’un petit guide toponymique),
  • travail sur la mémoire : l’occitanité des villes et villages de la métropole : toponymie, personnages historiques de l’occitanisme ou du Félibrige
  • papier à lettre, cartes de vœux

Programmation culturelle

  • organisation d¹un cycle de conférences, de lectures
  • intégration de la dimension occitane dans les jumelages
  • politique d’achat de livres et d’abonnements
  • création d’un espace artistique dédié aux arts vivants
  • aide à l’édition d’un ouvrage Montpellier ville occitane, sur le modèle du beau livre de Maguelonne Nouvel Kirschleger Montpellier, cité des belles dames.

En direction des enfants

  • suivi de l’enseignement occitan dans les écoles de la commune, ouverture programmée de nouveaux sites bilingues,
  • programmation dédiée : contes, spectacles
  • soutien aux activités occitanes scolaires et périscolaires
  • création d’une crèche bilingue (NB : la ressource humaine existe : une de nos étudiantes a depuis obtenu son diplôme d’éducatrice de jeunes enfants).
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