10-06-22 – la FELCO analyse les 200 premières réponses reçues au questionnaire du collectif « Pour que vivent nos langues »

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Largement diffusé par certaines des diverses composantes du Collectif « Pour que vivent nos langues », le questionnaire soumis aux candidats aux législatives 2022 a reçu plus de 250 réponses. D’autres vont sans doute arriver d’ici la fin de la campagne, mais les 200 premières réponses collectées – consultables sur https://framacarte.org/fr/map/legislatives-2022-pqvnl-08062022-2359_127074#6/44.430/5.208 – permettent d’ores et déjà de faire un certain nombre de remarques globales. La première étant qu’au regard du nombre des candidats, l’échantillon reste réduit.

De quelles zones géographiques viennent les réponses ?

 Il est vrai que les réponses proviennent pour l’essentiel des zones où existe une langue propre et des associations suffisamment implantées et pourvues en militants pour assurer le travail d’envoi et de réception des questionnaires, même si en dehors de ces zones, des candidats isolés en région parisienne ou dans les régions immédiatement voisines ont pu être touchés et réagir (une demi-douzaine au total). Globalement, toutes les langues sont concernées, sauf le catalan et le francoprovençal et le nombre de réponses correspond à l’importance de l’aire géographique correspondante. Compte tenu de la taille de son aire linguistique, l’occitan reçoit pas loin de 90 réponses, mais certaines zones, autour de Toulouse ou en Provence, sont moins représentées, et ce nombre de réponses représente une densité bien moindre que la Bretagne (cinq départements), où, avec une soixantaine de réponses, la quasi-totalité des circonscriptions est couverte, le Nord -flamand et picard (une vingtaine de réponses), l’Alsace (une quinzaine),ou le pays basque (une dizaine). Pour la Corse, on note seulement deux réponses pour les deux circonscriptions du nord de l’île..

Quid de l’appartenance politique des répondants ?

La ventilation des réponses en fonction de l’appartenance politique, pose un certain nombre de problèmes.

Si les trois grandes coalitions nationales (hors extrême-droite bien sûr, non consultée pour des raisons éthiques partagées au sein du collectif) – gauche NUPES, « Ensemble », et droite républicaine – pèsent en gros la moitié du total, le reste se partage entre des acteurs assez divers, parfois difficilement identifiables politiquement. On arrive à repérer les candidats de gauche qui ne s’intègrent pas à la NUPES (socialistes ou radicaux de gauche, une quinzaine au moins), ou des candidats d’extrême-gauche (Lutte Ouvrière en l’occurrence). On arrive facilement aussi à identifier les candidats présentés par les divers partis dits « régionalistes » dans la classification officielle (plus d’une quarantaine). Ou ceux du mouvement « Résistons ! » de Jean Lassalle, qui fournit une demi-douzaine de réponses dans la partie sud du pays, dont celle du frère du fondateur.

Mais dans bien des cas, soit les candidats n’affichent aucune étiquette partisane, soit ils en fournissent une plus ou moins opaque : « citoyens », « agir pour le territoire », voire « garde-fous de l’Assemblée nationale ». La référence au RIC peut signaler un positionnement proche de la mouvance « gilets jaunes » dans toute sa diversité. On peut identifier des écologistes « indépendants » ou « centristes » étrangers à EELV. Dans certains cas, l’étiquette peut recouvrir des dissidents des partis nationaux de droite ou de gauche en désaccord avec les choix d’investiture opérés à Paris. En l’absence de données sur le reste du programme affiché par ces candidats ou sur leur profil, il est difficile de leur assigner une couleur politique précise. On en est donc réduit à interpréter ce que contiennent leurs réponses aux questions posées.

Des réponses pas toujours explicitées

Le problème est que dans bien des cas, ces réponses se limitent à un « oui » ou à un « non », sans explications, ou avec des explications si générales qu’on ne peut guère en tirer quoi que ce soit (en gros, les langues régionales, c’est bien, et il faut faire quelque chose pour elles, ce genre de choses…). Mais certains fournissent cependant des éléments plus utilisables. On ne peut ici en rendre compte dans le détail, on se limitera donc à quelques généralités, en laissant de côté les réponses des candidats « régionalistes » qui sont comme de bien entendu d’accord avec toutes les propositions de réponses positives qui leur sont faites.

La personnalité des répondants

On note d’abord la rareté des poids lourds du scrutin, ceux dont les noms apparaissent régulièrement dans les débats nationaux, ou les plus facilement identifiables. Il est assez naturel de retrouver les principaux acteurs de l’adoption de la loi Molac (les acteurs secondaires quand ils sont sortants ne manquent jamais d’indiquer qu’ils ont voté le texte). Sont donc présents P. Molac, M. Le Fur, les rapporteurs Euzet et Kerlogot. Le questeur de l’Assemblée, le marcheur Bachelier, apparaît aussi, quitte à juger le texte Molac « malhabile » bien qu’il l’ait voté. A noter en revanche tel candidat héraultais qui répond « oui » à toutes les questions sauf la 4, et se garde bien de rappeler qu’il a figuré parmi la soixantaine de députés de la majorité à l’origine du recours devant le Conseil constitutionnel. Mais les vrais poids lourds sont rares (Chassaigne, président du groupe communiste, et F. Roussel, ex-candidat à la présidentielle). Et aucun ministre du nouveau gouvernement provisoire n’est présent.

Et le détail des réponses, lorsqu’il y en a…

Apparemment, la plupart des candidats présentés par un parti national n’ont pas été préalablement équipés d’éléments de langage leur permettant d’exprimer une ligne claire affichée par leur parti. Seuls font exception ici les communistes, dont un certain nombre reproduisent une même réponse, positive et argumentée, endossée par F. Roussel lui-même, ce qui semble indiquer l’existence d’une ligne fixée au niveau de la direction du parti. Ponctuellement, certains candidats NUPES refusent de donner un point de vue personnel, et renvoient à la position générale de leur parti et à son programme (LFI selon toute vraisemblance, mais d’autres de la même obédience se montrent plus précis, et globalement plus ouverts).

Les réponses des candidats « Ensemble ! » de Bretagne sont de leur côté un certain nombre à reproduire un même discours, positif globalement, sauf pour ce qui concerne l’article 4, sur la coofficialité, rejetée par eux comme d’ailleurs par d’autres candidats à droite comme à gauche. Avec au demeurant des argumentaires assez divers renvoyant soit à la question des coûts qu’induirait cette coofficialité si elle s’étendait aux formulaires administratifs, soit à l’idée que seul le français a vocation à l’officialité (article 2 etc…).

D’autres peuvent considérer que somme toute (air connu), la législation et la réglementation en vigueur permettent déjà de faire bien des choses (la signalétique bilingue étant souvent mentionnée dans ce contexte).

D’autres aussi peuvent renvoyer la question à la demande de la société, si elle s’exprime en faveur de la coofficialité, ou estimer que c’est « trop tôt », ce qui semble indiquer une absence de refus total. Il semble bien que c’est là une question qui pose problème à bien des candidats, notamment ceux d’« Ensemble ! », même si certains s’affranchissent de la position majoritaire de leur mouvance.

Autres points qui ne font pas consensus : la révision de la Constitution : ceux qui sont « pour » peuvent diverger sur la question de l’article qui doit être révisé (le 2 ? Le 75-1?). Pour d’autres, la question est sans objet, les textes en vigueur permettant déjà pas mal de choses, voir supra, ou elle est potentiellement propre à susciter des conflits. Peu affirment hautement le caractère sacré du français langue unique de la République – mais il est clair que ceux qui sont sur cette ligne n’ont pas jugé utile de prendre le temps de répondre au questionnaire – un seul candidat, en Alsace, répond « non » à toutes les questions, sans d’ailleurs expliquer pourquoi.

Curieusement, quand on songe à l’âpreté des débats passés à son sujet, la Charte européenne et sa ratification ne suscitent pas de rejet massif, bien au contraire. On note par ailleurs certaines incohérences : des candidats affichant leur soutien à la cause de l’enseignement des langues régionales à l’école disent « non » à la question 6, concernant l’application la mise en œuvre en termes de moyens des textes favorables à l’enseignement des langues régionales : leur engagement ne va donc pas jusqu’à les contraindre à suivre de près la façon dont le Ministère applique les textes. Quant à la circulaire de décembre 2021 évoquée par la question 2, certains considèrent que ce n’est pas le problème du pouvoir législatif, et renvoient donc la balle à l’exécutif, quitte à signaler dans le même mouvement la fragilité juridique du texte. À signaler par ailleurs que si la question de l’immersion apparaît assez régulièrement (une seule réponse la rejette au profit d’un simple « bilinguisme »), la question de savoir si elle doit aussi prévaloir dans le public (ce que permet en théorie la circulaire de décembre 2021) n’apparaît que dans très peu de réponses.

 Il ne s’agit là, bien sûr, que des commentaires ajoutés à l’expression d’un « oui » ou d’un « non », et des commentaires clairs et argumentés. Ce qui laisse de côté ceux qui disent « non » à telle ou telle question sans expliquer pourquoi, comme ceux qui fournissent des réponses obscures, ou prouvant essentiellement leur ignorance du sujet. Tel candidat peut ainsi former le vœu que les langues régionales puissent être enseignées en option dans le primaire comme dans le secondaire, comme si ce n’était pas déjà le cas depuis assez longtemps, mais visiblement sans qu’il en ait été informé.

Et comme toujours dans ce genre d’enquête, on trouverait sans peine matière à un bêtisier plus ou moins réjouissant. Ceci dit, certaines des réponses manifestent une bonne connaissance du sujet, nourri parfois d’expérience directe – certains, étrangers au petit monde des militants « régionalistes » font même l’effort de répondre en partie en basque ou en breton. Un critère permettant de mesurer la pertinence de ces connaissances peut être la mention, ou non, de la question des moyens – en financement ou en postes – accordés à l’enseignement des langues régionales.

Cette rapide analyse ne prétend pas épuiser toute la richesse du corpus des réponses reçues : l’urgence est d’en donner un premier aperçu. Il appartiendra au Collectif, une fois connus les résultats du premier tour, d’identifier parmi les candidats qui ont répondu ceux qui sont qualifiés pour le second tour – selon toute vraisemblance, des candidats appartenant aux grandes formations nationales, plus quelques francs-tireurs éventuels appuyés sur une notoriété locale qui les dispense du soutien de ces grandes formations. On aura donc l’occasion de revenir sur les déclarations qu’ils auront faites, ne serait-ce que pour les leur rappeler. Et sans oublier que si globalement, la plupart des réponses, avec les nuances signalées, se montrent ouvertes sur la question des langues régionales, rien ne garantit la solidité de cette ouverture, en vertu de l’adage célèbre qui veut que les promesses électorales n’engagent que ceux qui les croient.

Philippe MARTEL, ancien président de la FELCO

 

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