Lettre à la présidente de la région Occitanie PM

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M. Emmanuel Isopet,

Président du CREO Tolosa

@ : creotoulouse@gmail.com le 8 juin 2020

tél : 06.51.60.01.70

Madame Carole Delga

Présidente de la Région Occitanie Pyrénées-Méditerranée

Objet : enseignement de l’occitan

Madame la Présidente,

Nous vous remercions du courrier que vous venez de nous faire parvenir.

Vous y réaffirmez l’importance des langues et cultures occitane et catalane et des valeurs qu’elles portent, vous rappelez votre engagement en leur faveur et les principales actions de la Région Occitanie-Pyrénées-Méditerranée.

Le cœur de votre message touche à la transmission. Vous détaillez une politique linguistique et vous engagez à veiller à sa réalisation.

Notre association, investie depuis plus de 50 ans dans l’enseignement de la langue et de la culture occitanes, se réjouit de votre prise de position publique forte. Elle fait suite au vœu du 5 mars, voté par notre assemblée régionale. Ce sont des éléments importants qui nous renforcent dans notre engagement. De même la rencontre des DASEN par le Conseiller régional Patric Roux au niveau académique et le recrutement de Vincent Rivière, dont nous connaissons l’engagement et l’efficacité dans ses missions antérieures, nous laissent espérer des changements positifs.

Cependant, nous nous devons de vous rappeler l’urgence de la situation, tant elle n’a jamais été aussi préoccupante. Il est fondamental de finaliser des actions très fortes au niveau national. Nous savons, nous avons pu le constater lors de l’audience, que vous nous aviez accordée le 4 mars 2019, que vous connaissez très bien les questions d’enseignement et particulièrement celle de l’enseignement de la lenga nòstra. Vous aviez pris des engagements (cf. pj.) et nous n’avons pas connaissance de la réalisation de certains, notamment l’action collective des quatre Régions (Occitanie, Nouvelle Aquitaine, Corse, Bretagne) auprès du Président de la République et du Ministre de l’Éducation Nationale. Or, cette fin d’année est particulièrement éprouvante pour les enseignants d’occitan :

– certains élèves, et leurs professeurs, ne savent toujours pas comment sera pris en compte l’occitan pour cette session du baccalauréat

– la réforme du baccalauréat n’a été amendée sur aucun point qui aurait pu améliorer la situation de l’occitan dans nos lycées. Aussi, après une première chute de 20% des effectifs lycéens cette année nous pouvons annoncer que la rentrée prochaine verra le nombre d’élèves de terminale présentant l’occitan chuter de moitié. Vous prenez comme exemple la signalétique du Lycée de L’Isle-Jourdain, à juste titre. Cet établissement est, depuis cette année, le seul lycée gersois à proposer l’occitan. D’ici deux ans la réforme risque de faire disparaître cet enseignement de l’établissement qui est probablement le plus productif de l’Occitanie linguistique. Depuis 30 ans, il formait des classes entières de lycéens, et plus d’une vingtaine, dont moi-même et votre nouveau chargé de mission, en ont fait leur métier. Sans ce vivier de futurs professionnels de notre langue, c’est l’enseignement à l’Université qui est condamné, et par conséquence, l’enseignement en section bilingue, et donc l’avenir global de notre culture.

– le confinement et le déconfinement partiel ont mis les enseignants de tous les niveaux dans l’incapacité de faire une information suffisante auprès des élèves et de leurs parents. Cela fait craindre des effectifs en baisse à la rentrée prochaine et certains chefs d’établissement menacent déjà de fermer cet enseignement.

– la politique du « tout anglais » (cf. pj), mal dissimulée sous le titre « plan d’action pour une meilleur maîtrise des langues vivantes étrangères », piloté depuis le 8 février 2019 par Madame Manès, Inspectrice Générale d’anglais, est une menace contre le bilinguisme français-occitan, pourtant reconnu comme un éléments très positifs pour les élèves. Dans le département du Lot, par exemple, après avoir supprimé le poste de Conseiller pédagogique en occitan, les personnes chargées des langues organisent l’ouverture de trois classes d’anglais dès cette rentrée, quand elles refusent d’en ouvrir une seule depuis 10 ans pour l’occitan.

– enfin, Madame la Présidente, la Convention que vous avez signée il y a plus de trois ans avec le Ministère de l’Éducation nationale n’est toujours pas appliquée. Par exemple, la rentrée 2020 ne devrait pas voir d’ouverture de site bilingue. Deux années de suite sans ouverture d’école bilingue, c’est un coup d’arrêt que nous ne pouvions imaginer, mais qui prouve bien une absence de volonté ou plutôt une volonté contraire d’un des partenaires de cette convention.

L’enseignement de l’occitan est plus que jamais en péril. Nous espérons que vous pourrez, par l’engagement que vous réaffirmez, rétablir la situation afin que la période de cette Convention, dans laquelle nous croyons encore, ne soit pas la pire depuis le début du siècle. Il reste deux ans pour cela.

Nous tenons à notre tour à vous redire la fermeté de notre engagement pour l’enseignement de la langue et de la culture occitanes, ciment de notre territoire, de nos histoires, de nos manières de vivre et, nous le croyons, de notre futur. Aussi, nous nous tenons à votre disposition et à celle de vos collaborateurs, afin d’apporter nos connaissances, nos propositions et notre soutien à toutes les initiatives pour promouvoir la lenga d’òc.

Vos pregam d’agradar, Dòna Presidenta, las nòstras sincèras salutacions

Emmanuel ISOPET, President CREO Tolosa

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