Ce conseil s’est tenu le lundi 22 juin 2026, de 14 h 05 à 17 h 10 environ dans la Salle Olympe de Gouges du Rectorat de Toulouse, sous la présidence du recteur Karim Benmiloud.
Version française
Participants
- Présents : Karim Benmiloud (Recteur de l’académie de Toulouse, en photo), Vincent Denis (Secrétaire général), Pascale Rieux (SG-OSPA), Thierry Doussine (IPR occitan), Olivier Rozan (DAAC), Muriel Batbie (CREO), Nicolas Rey-Bèthbéder (CREO), Virginie Lago (SNES-FSU), Jordi Holstein (FSU-SNUIPP), Cyril Lepoint (SE-UNSA), Kléa Korol (Òc-Bi), Noémie Verney (Confédération des Calandretas), Nicolas Falxa (OPLO), Maud Puech, Rosan Drac, Océane Zerdab. Un représentant de FO.
- À distance : Sophie Sarraute et plusieurs représentants des DSDEN, collectivités territoriales et partenaires (voir feuille d’émargement). Benjamin Assié (Région Occitanie/OPM)
Contexte et atmosphère
Cette seconde réunion de 2023-27 du CAEOC s’inscrit dans un contexte marqué par la mise en œuvre progressive d’une possible nouvelle convention État–Régions et par les premiers travaux engagés dans les départements. Peut-être cette convention sera-t-elle signée avant 2027 ? Les échanges demeurent constructifs. Si plusieurs avancées notables (dont la créations de trois SBs) sont saluées, de nombreuses interrogations persistent concernant les moyens humains, le recrutement des enseignants et le développement effectif des cursus bilingues.
CAEOC calme malgré tout, avec peu de questions, à part celles du CREO, notamment sur le département du Lot.
I – Déclarations liminaires
Comme lors des précédentes réunions, les différents partenaires prennent successivement la parole afin de présenter leurs analyses et leurs attentes.
Déclaration du CREO Tolosa
Muriel Batbie présente la déclaration du CREO de l’académie de Toulouse :
« Monsieur le Recteur, Mesdames et Messieurs, représentants des institutions, des collectivités territoriales, des organisations syndicales et des associations partenaires,
Au nom du CREO de l’Académie de Toulouse, je tiens tout d’abord à remercier Monsieur le Recteur pour l’organisation de ce Conseil académique, ainsi que pour la qualité du dialogue et des échanges constructifs qui se sont instaurés au sein de la plupart des groupes de travail, en collaboration avec les services académiques.
Ces réunions ont tout d’abord permis de mettre en lumière une dynamique : partout sur notre territoire, des enseignants, des conseillers pédagogiques, des familles s’investissent quotidiennement pour faire vivre et transmettre la langue occitane bien au-delà des classes, avec le soutien des collectivités et des associations partenaires.
Le CREO souhaite également rappeler ce qui fait sa singularité.
Notre organisation rassemble des personnels de l’Éducation nationale qui sont aussi, souvent, des représentants associatifs et des acteurs engagés quotidiennement dans la transmission de la langue occitane. Cette proximité avec le terrain nous permet d’observer au plus près les réussites, les difficultés et les attentes des familles comme des équipes pédagogiques.
C’est pourquoi nous souhaiterions, et vous demandons, Monsieur le Recteur, Mesdames et Messieurs, responsables institutionnels et des collectivités territoriales, que l’expertise des acteurs de terrain puisse être davantage mobilisée en amont des instances de concertation et des groupes de travail. La qualité du dialogue institutionnel ne peut que gagner à s’appuyer sur cette connaissance fine des réalités locales.
Concernant les ouvertures de sites bilingues, le CREO se réjouit des ouvertures annoncées pour la rentrée 2026 à Saint-Girons, Samatan et Cadours. Ces créations constituent des signaux positifs qui appellent une amplification et une accélération de la politique de développement des sites bilingues.
À ce titre, nous souhaitons particulièrement souligner l’exemple de l’Ariège. En l’espace d’une année scolaire, une nouvelle filière bilingue a pu être préparée, construite et ouverte grâce à une volonté affirmée des services académiques et à la mise en place d’un accompagnement structuré des équipes pédagogiques de l’école accueillant cette ouverture. Cette expérience démontre que les délais et les conditions à réunir souvent présentés comme incompressibles ne le sont pas toujours et qu’une politique volontariste peut produire des résultats rapides.
Pour autant, nous le savons tous, trois ouvertures pour huit départements ne sauraient constituer à elles seules une réponse à la hauteur des enjeux de développement tels que définis par la Loi. Nous souhaitons néanmoins qu’elles marquent une étape et servent de point d’appui à une amplification de la dynamique dans les années à venir. Cette dynamique est d’ores et déjà à l’œuvre, comme en témoignent également les délibérations adoptées par un nombre croissant de municipalités en faveur de l’ouverture de parcours bilingues sur leur territoire. L’État et les collectivités, en responsabilité partagée, doivent pouvoir répondre à ces demandes et mettre en place des accompagnements spécifiques.
Le CREO souhaite également souligner les évolutions récentes observées dans le Lot via les annonces reçues par la DSDEN après le groupe de travail du 12 juin dernier, qui semblent constituer une amorce de sortie de crise. Après plusieurs mois de fortes inquiétudes exprimées par tous les partenaires unanimement, les annonces de cette semaine relatives au maintien d’un poste de conseiller pédagogique départemental occitan à temps plein constituent un signal d’ouverture apprécié, ainsi que la mise en place annoncée d’un appel à contributions préalable aux futurs groupes de travail et qui serait piloté par le futur Conseiller Pédagogique. Nous apprécions cette volonté de consultation en amont des instances, qui pourrait, par ailleurs, être généralisée à tous les départements. Mais nous formons le voeu que le recrutement de Conseiller pédagogique dans le Lot soit effectif et concrétisé, car plusieurs éléments manquent au dossier : la fiche de poste définitive de futur CPD, la description de la mission, les modalités de recrutement, la composition de la commission d’entretien, le calendrier de décision. Le CAEOC n’étant pas une fin en soi, nous serons attentifs à la suite des événements. Le CREO ainsi que ses partenaires ne pourraient imaginer qu’un tel poste soit laissé vacant ou que les missions en soient affaiblies.
Nous demeurons également inquiets pour l’école Clément Brouqui de Gramat prévisionnels chargés dans un contexte de suppression de poste annoncée.
Les groupes de travail ont également fait émerger plusieurs préoccupations récurrentes.
La première concerne la continuité des parcours. Dans de nombreux secteurs, le passage de l’école au collège, puis au lycée, demeure fragile. Les ruptures de parcours s’y multiplient, alimentées par la concurrence entre dispositifs (sections bilingues et options, ou entre options elles-mêmes), les réformes nationales successives (dont celle du Brevet des Collèges récemment), ainsi que par l’autonomie croissante des établissements.
À cela s’ajoutent, dans le secondaire, la baisse globale des effectifs et, dans certains cas, la disparition de l’enseignement de l’occitan, comme on l’a observé dans trois lycées de l’Aveyron en seulement cinq ans, et pour d’autres qui sont en sursis. De plus, les conditions de travail compliquées pour les professeurs exerçant sur plusieurs établissements (jusqu’à 4 établissements) et les limitant dans le développement de projets, le manque encore prégnant de légitimité ou d’équité par rapport aux autres disciplines, sont autant de facteurs qui nourrissent de vives inquiétudes quant à l’avenir à très court terme.
Le CREO formule le souhait que la question du secondaire soit également au cœur de nos préoccupations. Car l’enjeu est important : le lycée constitue un vivier pour l’université et la formation continue, indispensable à la ressource humaine attendue pour développer l’enseignement.
Aussi, plusieurs demandes de collègues ont-elles été formulées pour le retour d’une mise en place structurée de la sensibilisation généralisée au collège ou au lycée. D’autres idées et stratégies de développement pourraient être partagées à l’occasion de temps dédiés : extension des groupes de travail, journées de stages spécifiques, formation des enseignants…
Dans tous les cas, une prise en charge de la question du secondaire nous semble urgente et nous formulons cette demande de temps dédié autour d’un comité d’expertise qui pourrait être piloté par l’institution et constitué d’enseignants du secondaire issus des différents départements,
Monsieur le Recteur, Mesdames et Messieurs, le CREO réaffirme aujourd’hui sa volonté de poursuivre un travail de concertation exigeant, constructif et loyal avec l’institution ainsi que l’ensemble des partenaires présents autour de cette table.
Nous espérons que ce Conseil académique permettra de dégager des perspectives concrètes au travers de la future Convention et de conforter une ambition partagée : permettre d’accéder à un enseignement de l’occitan de qualité offert au plus grand nombre, dans un parcours continu et pérenne, ceci dans l’esprit de la loi de 2021 relative à la protection et à la promotion des langues régionales.
L’occitan constitue un patrimoine linguistique, culturel et humain exceptionnel. Son enseignement participe pleinement à l’ouverture culturelle des élèves, à la valorisation, à l’attractivité des territoires et à la construction d’une école humaniste attentive à la diversité des langues et des cultures.
Pour le Conseil d’Administration du CREO de l’Académie de Toulouse, je vous remercie de votre attention ».
Thierry Doussine remercie le CREO pour cette contribution et souligne la qualité du travail partenarial engagé depuis plusieurs mois.
Déclaration de la FSU
Jordi Holstein présente ensuite la déclaration de la FSU :
« Monsieur le Recteur, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil académique des langues régionales, la FSU tient tout d’abord à réaffirmer notre attachement au dialogue engagé au sein de cette instance et à saluer les orientations affichées par l’académie en faveur de la consolidation et du développement de l’enseignement de l’occitan.
Toutefois, nous constatons que des écarts importants persistent entre les ambitions affichées et les réalités du terrain. Ces décalages fragilisent les parcours existants, souvent de manière progressive et peu visible, mais avec des conséquences bien réelles pour les élèves, les familles et les personnels.
L’un des enjeux majeurs demeure la continuité des parcours. Les ruptures entre l’école et le collège, puis entre le collège et le lycée, mais aussi parfois au sein d’un même cycle — entre la 5e et la 4e ou encore entre la seconde et la première — restent nombreuses. La mise en concurrence des parcours bilingues et optionnels avec d’autres enseignements facultatifs, ainsi que l’impossibilité récurrente de poursuivre l’enseignement de l’occitan dans certaines filières technologiques à partir de la classe de première, contribuent à la baisse des effectifs dans le second degré et fragilisent durablement les sections existantes ainsi que l’ensemble du réseau.
Nous demandons que soit mis en place un suivi académique des cohortes d’élèves engagés dans les parcours bilingues et optionnels, afin d’identifier précisément les poursuites, les ruptures et les abandons de parcours. Ces données sont indispensables pour éclairer les décisions à venir et construire une politique de développement cohérente. De même, une communication institutionnelle ambitieuse et positive sur l’offre d’enseignement apparaît nécessaire. À titre d’exemple, la réalisation d’un document de présentation valorisant les parcours de l’école au lycée dans chaque département constituerait un levier utile d’information et de promotion auprès des familles.
Nous demandons également qu’une initiation généralisée soit proposée aux élèves de sixième dans les établissements offrant déjà l’option occitan. Il nous paraît par ailleurs illusoire de conduire une politique ambitieuse à moyens constants. Nous réaffirmons notre préoccupation concernant les moyens horaires alloués aux enseignements optionnels. Si nous prenons acte des règles actuelles de financement, nous regrettons les fortes disparités qu’elles génèrent entre établissements. Dans un contexte budgétaire contraint, prélever deux heures sur la marge d’autonomie constitue trop souvent un obstacle au maintien ou au développement des enseignements. Nous réitérons donc notre demande d’un retour au fléchage intégral des moyens dédiés ou, à défaut, d’un assouplissement des modalités actuelles afin de limiter leurs effets négatifs sur les parcours.
La question des ressources humaines demeure également centrale. Plusieurs postes restent vacants et les recrutements apparaissent insuffisants ou incertains. Cette situation appelle des réponses fortes en matière de recrutement, mais aussi de formation initiale et continue. L’attractivité des postes liés à l’enseignement de l’occitan, notamment dans les filières bilingues, doit devenir une priorité académique si nous voulons garantir l’avenir de cet enseignement. Dans le second degré, la réduction du nombre d’établissements de rattachement des enseignants de langue et culture occitanes, avec un objectif de service sur deux EPLE au maximum, constituerait un signal positif tout en favorisant le développement de l’offre sur les établissements concernés.
Nous attirons également votre attention sur la nécessité de renforcer la formation de l’ensemble des personnels. Les enjeux liés au bilinguisme demeurent encore insuffisamment connus dans certains secteurs, notamment dans l’ASH. Cette méconnaissance conduit parfois à écarter de fait des élèves qui pourraient pourtant pleinement bénéficier d’un cursus bilingue. Un effort accru de sensibilisation et de formation apparaît donc indispensable.
Nous souhaitons enfin attirer l’attention du Conseil sur plusieurs situations particulièrement préoccupantes.
- Au lycée de Lavaur, les difficultés rencontrées pour assurer la continuité de la
section bilingue, pourtant l’une des plus anciennes d’Occitanie, demeurent
préoccupantes. - Dans le Lot, la suppression du poste surnuméraire de l’école de Gramat a
conduit à une réorganisation contrainte du site bilingue. Cette décision
entraîne une dégradation des conditions de travail, des répercussions pour les
familles, des changements importants pour les élèves ainsi qu’un manque de
visibilité préjudiciable à la confiance des parents. Ces déstabilisations peuvent,
à terme, conduire à la fermeture de cursus bilingues. - Nous avons également pris acte de l’annonce par Madame la DASEN du Lot
de la réouverture du poste de conseiller pédagogique départemental
occitan. Si nous nous réjouissons de cette décision, nous serons
particulièrement vigilants quant à son calibrage, à sa faisabilité et à son effectif
pourvoi.
Plus largement, les ambitions affichées en faveur des langues régionales ne pourront se concrétiser sans moyens humains suffisants, sans politique ambitieuse, sans visibilité des parcours et sans engagement volontariste garantissant leur continuité sur l’ensemble du territoire académique.
L’enseignement de l’occitan participe pleinement des objectifs d’égalité républicaine, de justice sociale et de réussite des élèves. Il contribue également à l’éducation artistique et culturelle des jeunes et à l’accès de toutes et tous à un patrimoine linguistique et culturel commun. À ce titre, il mérite une attention et des moyens à la hauteur des engagements affichés.
Enfin, nous souhaitons que les projets relevant de l’éducation artistique et culturelle s’inscrivent pleinement dans le cadre national du PEAC, bénéficient d’un financement pérenne de l’Éducation nationale et garantissent une égalité d’accès sur l’ensemble du territoire.
Nous espérons que les échanges de ce Conseil permettront d’apporter des réponses concrètes aux préoccupations exprimées aujourd’hui et de construire collectivement les conditions d’un développement durable et ambitieux de l’enseignement de l’occitan dans notre académie. »
Déclaration du SE-UNSA
Cyril Lepoint présente la déclaration du SE-UNSA :
« M. le Recteur, M. le Secrétaire Général, Mmes et Mrs les membres de la Commission académique pour l’enseignement de l’occitan, par sa présence dans cette instance académique comme dans celles départementales, l’UNSA Education et le SE-Unsa réaffirment leur soutien à l’enseignement de notre LVR.
En ce qui concerne le vivier d’élèves, nous notons trop souvent une baisse d’effectifs au moment des « grands passages » : de la GS au CP, du CM2 à la 6ème et du collège au lycée. Il serait intéressant de connaître et d’analyser précisément les motifs de ces arrêts. L’UNSA Education réaffirme que la continuité inter-degré doit être une priorité, c’est une transition vitale pour la pérennité de notre LVR.
Par ailleurs, les orientations prises par la Dsden du Lot semblent à rebours total de la politique académique qui reste volontariste, avec même une implantation de poste de CPD en Haute-Garonne – implantation nécessaire et bienvenue. Les explications données en GT départemental n’ont convaincu aucun acteur local, les décisions de fermetures pour transformations apparaissent autant fantasques qu’incongrues, n’apportent aucune plus valu à l’enseignement de l’occitan et elles ne génèrent que frustration et colère jusqu’ici dans cette salle du Rectorat. Sur la plupart des thématiques que nous traitons avec notre Rectorat, l’UNSA Education est toujours favorable à une harmonisation académique de la politique éducative menée sur notre territoire. La prise d’initiative inédite de modifier le poste de conseiller pédagogique départemental occitan relance une polémique qui n’aurait jamais dû avoir lieu. Le signal humain d’une collègue aguerrie contrainte de quitter son poste qui est envoyé à tous les agents qui se démènent dans chaque département est catastrophique. Car la résonnance de cet ajustement néfaste est bien académique. C’est la raison pour laquelle, M. le Recteur, nous vous demandons de bien vouloir tout mettre en œuvre pour que ce poste de CPD dans le Lot, essentiel pour le développement de notre LVR sur ce territoire rural, puisse perdurer à l’avenir sous sa forme actuelle même si des ajustements semblent déjà avoir été opérés.
Sur le plan RH, les augures sont positifs puisque nous avons 2 admis sur le concours M2, et que nous pouvons être optimistes pour le concours L3 où nous comptons 15 admissibles. Les différentes impulsions récemment mise en œuvre dans le cadre de la formation, comme par exemple le volet de 6h sur le critère « autres » dans le 31, payent donc, il faut noter cet aspect positif.
Enfin, comme nous avons assez précisément pointé les bassins en difficulté lors de la séance de décembre, ainsi que les différents obstacles RH ou administratifs que traversent nos collègues, nous préférons conclure en relevant la qualité et l’intérêt de la carte interactive Haut-Garonnaise que nous pouvons trouver en ligne. Les filtres 1er degré / 2nd degré ou bilangues / options par exemple, sont très éclairants et cette carte pourrait même se révéler inspirante pour les langues vivantes étrangères.
Plus largement, les projets Canto gafet, le bal des écoles à l’hôtel de Région ou Animoc, ce dernier rassemblant quasiment 600 élèves autour de danses, chants et contes, sont des projets reconnus fédérateurs pour notre LVR et doivent absolument perdurer et bénéficier de la plus grande publicité. »
Déclaration d’Òc-Bi
Kléa Koror présente la déclaration de l’association Òc-Bi.
L’association rappelle une nouvelle fois que le développement du bilinguisme demeure la modalité la plus efficace pour former de véritables locuteurs et demande que les objectifs fixés par la convention soient rapidement traduits en créations de parcours sur l’ensemble du territoire académique. Èi pas la declaracion. La caleré recuperar.
Intervention de la Confédération des Calandretas
Noémie Verney présente ensuite un état des lieux du réseau des Calandretas :
« Monsieur le Recteur, mesdames et messieurs les DASEN, mesdames et messieurs membres de ce CAEOC, nous prenons la parole aujourd’hui pour présenter un bilan de cette année et partager avec vous l’état de notre réseau pour la rentrée.
En cette fin d’année, nous préparons la rentrée scolaire de 17 écoles calandreta et de notre Collègi.
Le projet calandreta est de transmettre l’occitan aux élèves dès la maternelle grâce à l’immersion linguistique. Les associations de notre Fédération œuvrent chaque jour pour mettre en valeur la culture occitane par l’organisation d’événements permettant aux enfants de se rendre compte que l’occitan est une langue parlée et une culture riche et bien vivante.
Les projets pédagogiques sont foisonnants, ils répondent aux aspirations des élèves, via les propositions faites en conseil des élèves, mais également aux projets d’école. Ainsi les fêtes calendaires trouvent toute leur place dans le déroulement de l’année : castanhadas, bal d’ivèrn, dimars gras, fèsta de la prima, arbre de mai, sans oublier Martor, Nadal, Carnaval ou Sant Joan.
Les calandretas sont ainsi des structures qui interagissent avec d’autres associations dans leur territoire d’implantation. Les partenariats sont nombreux autour des cultures du monde, mais aussi des autres langues régionales (groupe basque à Bocòna, défilé des géants muretins dans le Roussillon). Nombre de projets se font aussi avec les collègues du public, avec qui autour de l’occitan il est toujours possible de se rencontrer (setmana occitana à Saint-Girons, Carnaval de Tecou dans le Tarn, la Passèm dans les Pyrénées).
Cette année, nous n’avons pas obtenu de création de poste de la part du Ministère de l’Education Nationale. Notre lauréate du concours session 2025 sera mise en poste à mi-temps à la rentrée en tant que professeure des écoles stagiaire, 4 nouvelles regentas avec le statut Aprene2 seront également présentes dans le mouvement et accompagnées jusqu’à la réussite du concours. Enfin, 2 nouveaux regents adralhats feront aussi leur rentrée à Calandreta. Nous félicitons ces personnes pour leur réussite dans leur parcours de formation initiale.
Durant l’année 2025/2026, nous avons travaillé et continuerons de travailler en étroite relation avec le Centre de formation Aprene quant à la mise en place de la nouvelle Licence Professorat Des Ecoles et du Master M2E dans le cadre du processus de titularisation des lauréats aux concours Bac +3 et Bac+5 de cette session 2026, et pour la session à venir. La collaboration avec APRENE poursuivra également toute son action pour la formation continue de nos enseignants. Le centre de formation est d’ailleurs prêt à vous rencontrer pour vous présenter son offre de formation et discuter d’une possible ouverture aux enseignants du public.
Nous souhaitons aussi aujourd’hui partager dans cette assemblée la parole du Ministre qui désire que les écoles immersives aient leur propre statut. Nous attendons avec impatience d’en savoir plus. La Confédération calandreta ainsi que les réseaux d’enseignement immersif en langues régionales de France sont bien sûr en lien avec le Ministère pour travailler en ce sens. La place de nos établissements évolue avec le temps. Sommes-nous au commencement d’une nouvelle ère pour notre projet quant à la transmission de l’occitan et l’enseignement en occitan ?
Pour terminer cette prise de parole, nous souhaitons enfin remercier les services de la DEP et de la DOS, les Inspecteurs et vous tous ici pour le travail fait en faveur de l’occitan.
Monsieur le Recteur, je vous remercie pour votre attention et comme évoqué précédemment nous nous tenons bien sûr à votre disposition pour venir vous présenter plus en détails notre mouvement qui œuvre chaque jour dans votre académie pour les 1 000 calandrons inscrits dans nos établissements. »
Introduction du recteur
Karim Benmiloud remercie l’ensemble des participants pour leur implication constante dans les travaux du CAEOC.
Il annonce que la convention-cadre est désormais finalisée et que sa signature est prévue avant la fin de l’année 2026. Il souligne que plusieurs mesures commencent déjà à produire leurs effets, notamment l’ouverture de la spécialité Langue Vivante Régionale dans le second degré et le travail engagé autour de la formation des futurs enseignants.
Le recteur insiste enfin sur la qualité du partenariat entre les services académiques, les collectivités territoriales et les associations, qu’il considère comme un élément essentiel du développement de l’enseignement de l’occitan.
II – Bilan de l’année scolaire et actions académiques
Thierry Doussine, IA-IPR d’occitan, présente le bilan de l’année scolaire écoulée ainsi que les principaux axes de travail engagés par les services académiques.
Il rappelle que la mise en œuvre de la convention État–Régions constitue désormais le cadre de référence de l’action académique. Les premiers mois ont essentiellement été consacrés à préparer les évolutions de la rentrée 2026 et à renforcer la coordination entre les différents partenaires.
Les effectifs poursuivent leur progression.
L’IPR présente les principaux indicateurs de l’enseignement de l’occitan dans l’académie.
Les effectifs demeurent globalement stables, avec une légère progression dans plusieurs secteurs. L’académie compte désormais plus de 4 000 élèves engagés dans un parcours d’occitan, dont 685 lycéens. Les nouveaux programmes sont désormais pleinement déployés et les premiers retours des équipes enseignantes sont jugés encourageants.
Cette année est également marquée par la mise en place du double recrutement des professeurs des écoles, qui constitue une évolution importante pour répondre aux besoins futurs.
Un panorama des formations dispensées tout au long de l’année est ensuite présenté (voir documents distribués en séance).
Les habilitations des enseignants
À l’issue de cette présentation, Nicolas Rey-Bèthbéder (CREO) interroge l’IPR sur la question des habilitations des professeurs des écoles, sujet qui suscite régulièrement des interrogations sur le terrain.
La réponse apportée reste prudente. Thierry Doussine rappelle le cadre réglementaire sans apporter d’éléments nouveaux concernant l’évolution des procédures d’habilitation, laissant plusieurs participants sur leur faim.
Pass Culture : des moyens encore disponibles
Olivier Rozan, délégué académique à l’action culturelle (DAAC), présente ensuite un état des lieux du Pass Culture.
Les projets liés à l’occitan concernent principalement les domaines du patrimoine et des pratiques musicales. Les possibilités offertes par le dispositif demeurent importantes puisque près de 33 % des crédits restent encore disponibles.
Plusieurs participants regrettent toutefois que la présentation reste relativement générale et peu centrée sur les besoins spécifiques de l’enseignement de l’occitan. Ils souhaitent que davantage de projets directement liés à la langue puissent être accompagnés dans les prochaines campagnes.
Les projets partenariaux
Thierry Doussine reprend ensuite la parole afin de présenter les principaux projets académiques développés en partenariat avec les collectivités, les associations et les établissements scolaires. Parmi ceux-ci figurent notamment :
- les projets plurilingues menés sur plusieurs territoires ;
- les actions culturelles développées avec les partenaires institutionnels ;
- les dispositifs favorisant les parcours linguistiques des élèves.
Le recteur évoque notamment le projet conduit sur le secteur de Moissac, qu’il a récemment visité. Il souligne l’intérêt d’une démarche où l’occitan occupe une place centrale dans un projet plus large consacré au plurilinguisme.
Erasmus+ : une dynamique qui se confirme
Les projets européens poursuivent leur développement.
Nicolas Rey-Bèthbéder présente plusieurs actions conduites dans le cadre d’Erasmus+, notamment les mobilités organisées autour du collège de L’Isle-Jourdain, de Bagatelle avec JP Ferré ainsi que les actions portées par le CREO.
Le projet Carrieras occitanas est également présenté. Une nouvelle rencontre est programmée à Montségur les 17 et 18 octobre, avec notamment des interventions proposées dans plusieurs lycées afin de faire découvrir aux élèves les perspectives professionnelles liées à la langue occitane.
Le projet Parcours Roman, développé sur le secteur de Saint-Orens-de-Gameville, est également évoqué parmi les initiatives favorisant les échanges entre langues romanes.
Cap’Òc : une nouvelle équipe mais des moyens toujours limités
La présentation se poursuit avec un point consacré à Cap’Òc.
L’arrivée d’une nouvelle équipe depuis le mois de septembre est saluée. Plusieurs nouveaux outils pédagogiques sont en cours de production, notamment des ressources destinées aux classes de CP en mathématiques.
Toutefois, les échanges se concentrent rapidement sur la question du financement de la structure.
Jordi Holstein relance le débat en demandant quelles garanties peuvent être apportées sur les moyens attribués à Cap’Òc.
Benjamin Assié rappelle que le fonctionnement actuel repose sur une clé de répartition devenue insuffisante. Selon lui, l’Office Public de la Langue Occitane couvre aujourd’hui près des deux tiers des besoins de la structure. Une révision de cette répartition est actuellement en discussion entre les différents partenaires.
Plusieurs intervenants soulignent que le développement de nouvelles ressources pédagogiques, indispensable à la réussite de la convention, suppose un financement pérenne de Cap’Òc.
III – Préparation de la rentrée 2026 : recrutement, formation et développement des parcours
La seconde partie de la réunion est largement consacrée à la préparation de la rentrée 2026. Thierry Doussine rappelle que le développement de l’enseignement de l’occitan dépend avant tout de la capacité à recruter et former suffisamment d’enseignants, condition indispensable à l’ouverture de nouveaux parcours.
La formation des futurs enseignants
L’IPR présente les évolutions en cours concernant la formation initiale.
Le nouveau Master M2E doit permettre de mieux préparer les futurs professeurs des écoles appelés à enseigner en cursus bilingue. Plusieurs sites universitaires de l’académie sont désormais engagés dans ce dispositif, notamment le Tarn-et-Garonne (Vayssière) et les Hautes-Pyrénées (Bernadette Arrous-Lanne).
Muriel Batbie interroge le rectorat sur la question essentielle du recrutement : comment attirer davantage de candidats vers ces formations alors que les besoins restent importants sur l’ensemble du territoire académique ?
Thierry Doussine répond que plusieurs actions de présentation sont désormais organisées directement dans les INSPÉ afin de mieux faire connaître ces nouveaux parcours auprès des étudiants.
L’IPR présente également la nouvelle Licence Professorat des Écoles – parcours occitan, désormais proposée sur plusieurs sites universitaires de l’académie. Les responsables identifiés sont :
- Ariège : Chadeuil ;
- Aveyron : Couffin ;
- Haute-Garonne : Frare ;
- Gers : Virginie Lago ;
- Lot : Dauriac ;
- Hautes-Pyrénées : Bernadette Arrous-Lanne ;
- Tarn : Anaïs Albert ;
- Tarn-et-Garonne : Gilles Dejean.
Les participants saluent cette évolution, tout en rappelant que ces formations devront rapidement produire davantage de candidats pour répondre aux besoins du terrain.
Ensenhar : un premier bilan encourageant
Un point est ensuite présenté sur le dispositif Ensenhar.
Entre 2022 et 2026, celui-ci a permis de former 29 professeurs des écoles et 10 professeurs du second degré.
Ces résultats témoignent d’une montée en puissance progressive du dispositif, même si plusieurs intervenants estiment que l’effort devra encore être amplifié pour accompagner les objectifs fixés par la convention État–Régions.
Benjamin Assié insiste également sur la nécessité d’articuler ces formations avec les actions de visibilité de la langue dans l’espace public, notamment à travers Total Festum et la campagne Parlem !, afin de renforcer l’attractivité sociale de l’occitan.
Les perspectives départementales
Un tour d’horizon des projets de rentrée permet ensuite d’évoquer les principales évolutions attendues dans chaque département.
Ariège
Le développement de la section bilingue de Saint-Girons se poursuit et constitue l’une des principales satisfactions de cette rentrée.
Aveyron
L’ouverture d’une DNL Physique-Chimie est annoncée, illustrant la volonté de renforcer progressivement la présence de l’occitan dans les disciplines non linguistiques.
Haute-Garonne
L’ouverture de la nouvelle section bilingue de Cadours est confirmée.
Les échanges portent également sur les perspectives de développement autour de Muret, où plusieurs participants rappellent la nécessité d’assurer une véritable continuité jusqu’au lycée.
Gers
L’ouverture de la section bilingue de Samatan est annoncée.
Lot
La situation du département fait l’objet de plusieurs échanges nourris.
Le poste de conseiller pédagogique départemental (CPD) pourrait être occupé (enfin!) par M. C. Ménassol.
Sophie Sarraute, DASEN 46, estime que, malgré un arrêt maladie très long concernant C. Ménassol, ce dernier peut présenter sa candidature.
Pour elle, un nouveau CPD OC constitue une étape importante et évoque la possibilité de développer à terme un nouveau projet bilingue sur le secteur de Cœur-de-Causse.
Muriel Batbie rappelle toutefois qu’au-delà des perspectives, la priorité demeure le maintien durable des postes existants et de redonner le poste à C. Ménassol.
Le recteur s’est montré très attentif sur la question du Lot.
Des attentes toujours fortes
Au terme de cette présentation, les échanges montrent une convergence de vues entre les partenaires.
Tous saluent les avancées enregistrées depuis un an, notamment en matière de formation et de structuration des projets.
Mais plusieurs représentants des associations et des organisations syndicales rappellent que la réussite de la convention dépendra avant tout de la création effective de postes, du maintien des moyens existants et de la capacité à ouvrir de nouveaux parcours bilingues sur les territoires qui en expriment la demande.
Le développement de l’enseignement de l’occitan reste donc confronté au même défi qu’au cours des années précédentes : transformer les ambitions affichées en réalisations concrètes sur le terrain.
IV – Réactions des partenaires et échanges
À l’issue des présentations, plusieurs représentants des organisations et associations reviennent sur les principaux enjeux soulevés au cours de l’après-midi.
Le CREO salue tout d’abord le travail engagé par les services académiques pour une possible signature de la convention. Il souligne que la dynamique partenariale est aujourd’hui plus visible et que plusieurs projets présentés témoignent d’une réelle volonté de développer l’enseignement de l’occitan.
Il rappelle cependant que cette dynamique devra désormais produire des résultats mesurables sur le terrain. Les attentes restent fortes concernant l’ouverture de nouveaux cursus bilingues, la consolidation des parcours existants, la continuité école-collège-lycée ainsi que le recrutement d’enseignants qualifiés.
Le CREO insiste également sur la nécessité de mieux accompagner les enseignants, notamment en matière de ressources pédagogiques et de formation continue.
Plusieurs intervenants reviennent ensuite sur les difficultés persistantes rencontrées dans certains départements, où les ouvertures annoncées restent encore tributaires des moyens disponibles ou des ressources humaines.
Le financement de Cap’Òc
La question du financement de Cap’Òc revient au cœur des échanges.
Jordi Holstein rappelle que cette structure constitue aujourd’hui un outil indispensable pour accompagner les enseignants, produire des ressources pédagogiques et développer les projets culturels.
Benjamin Assié reconnaît que les moyens actuels demeurent insuffisants. Il confirme que les partenaires travaillent actuellement à une révision de la clé de financement afin de mieux répondre aux besoins croissants de la structure.
Les représentants des associations souhaitent que cette réflexion aboutisse rapidement afin de donner à Cap’Òc les moyens de remplir pleinement ses missions.
Des projets qui renforcent la visibilité de la langue
Les échanges mettent également en valeur plusieurs initiatives qui témoignent du dynamisme des acteurs de terrain.
Les projets Erasmus+, les Carrieras occitanas, les actions conduites dans le cadre de Parcours Roman, ainsi que les nombreuses manifestations culturelles organisées sur les territoires apparaissent comme autant d’éléments favorisant la visibilité sociale de la langue occitane.
Les participants soulignent que ces actions constituent un complément indispensable à l’enseignement scolaire et contribuent à renforcer l’attractivité de la langue auprès des élèves comme des familles.
Une convention désormais attendue sur le terrain
En conclusion des échanges, plusieurs participants rappellent que la signature prochaine de la convention État–Régions ouvre une nouvelle étape.
Après plusieurs années consacrées à l’élaboration du cadre stratégique, le temps est désormais venu de traduire les engagements en réalisations concrètes : ouvertures de cursus, recrutements, formation des enseignants, production de ressources pédagogiques et accompagnement des territoires.
Si les perspectives présentées au cours de cette réunion sont globalement encourageantes, chacun souligne que leur réussite dépendra avant tout des moyens humains et financiers qui pourront être mobilisés dans les prochaines années.
Conclusion
Cette seconde réunion du CAEOC de l’année 2026 confirme une évolution sensible du dialogue entre le rectorat, les collectivités territoriales, les associations et les organisations syndicales.
Les nombreux projets présentés témoignent d’une volonté commune de renforcer l’enseignement de l’occitan et d’améliorer sa visibilité dans l’espace scolaire comme dans la société.
Pour autant, les inquiétudes exprimées lors des déclarations liminaires demeurent largement d’actualité : les difficultés de recrutement, le manque de postes, les disparités territoriales ou encore les besoins de financement de Cap’Òc continuent de limiter les possibilités de développement.
Le CREO restera particulièrement attentif à la mise en œuvre concrète de la convention et poursuivra son travail de proposition auprès des services académiques et de l’ensemble des partenaires afin que les ambitions affichées puissent effectivement se traduire par une progression durable de l’enseignement de l’occitan dans l’académie de Toulouse.
Compte rendu CREO Académie de Toulouse réalisé par : Virginie Lago, Muriel Batbie et Nicolas Rey-Bèthbéder.