Appel à communications : Traduire les voix minorisées – journée d’études 23 avril 2027 à l’Université Toulouse Jean-Jaurès

Le vingtième siècle a été un siècle de bouleversements et de redéfinition des frontières mondiales à bien des égards : conflits, déplacements de population, fin de l’ère coloniale ou encore mouvements de revendication des années 1960-80 ont contribué à une transformation du discours intellectuel occidental, progressivement confronté à des voix longtemps invisibilisées – peuples colonisés, jeunes, ouvriers, minorités ethniques et de genre, personnes en situation de handicap, etc. L’essor des études postcoloniales et décoloniales, de la sociolinguistique, des études de genre ou encore des études critiques du handicap, qui suscitent de plus en plus d’intérêt académique et institutionnel, sont le reflet de ces changements de paradigme.

L’inscription désormais centrale de ces enjeux dans le champ de la traduction pose un défi de taille aux traducteur·ices de fiction comme de non-fiction, qui se trouvent confronté·es à une réalité plurielle, bien éloignée des anciennes conceptions monolingues et eurocentrées des langues standard. Langues régionales, accents, dialectes, sociolectes ; langues issues d’anciens espaces colonisés ou des diasporas ; voix associées aux minorités sexuelles et de genre ; parlers jeunes ; ou encore voix des personnes en situation de handicap ou neuroatypiques, représentent autant de voix minorisées qui viennent aujourd’hui redéfinir les frontières entre les langues et questionner l’agentivité des sujets traduisants. Nous entendons ici la notion de voix minorisées dans un sens large, comme des formes d’expression dont la légitimité, la visibilité ou la circulation ont été historiquement limitées par des rapports de pouvoir linguistiques et socio-politiques.

Créé à la suite du colloque international « Traduire les minorités linguistiques des sphères anglophone et francophone » et actif depuis 2019, le réseau de recherche « Traduire les voix minoritaires » (récemment renommé « Traduire les voix minorisées » pour souligner le caractère construit et imposé de cette marginalité) a proposé, entre 2021 et 2024, un séminaire mensuel dédié à ces thématiques, ainsi qu’une journée d’étude en 2023, dans le but de donner à voir la vitalité des discussions académiques mais aussi des pratiques contemporaines autour de la représentation et de la traduction des voix minorisées. Adoptant une perspective multilingue et englobant une multiplicité de formats (communications, présentation de travaux collaboratifs, ateliers, etc.), le réseau a ainsi abordé des problématiques telles que le rôle du texte hétérolingue dans sa sphère culturelle d’origine, l’organisation de la réception de l’altérité dans la culture-cible, le positionnement éthique des sujets traduisants, ou encore les stratégies à disposition pour rendre plus audibles les voix minorisées en traduction.

Dans le prolongement de ces communications et discussions, le réseau de recherche « Traduire les voix minorisées » lance un appel à communications pour une journée d’études qui se tiendra le 23 avril 2027 à l’Université Toulouse Jean-Jaurès. Pour les collègues n’ayant pas la possibilité de se déplacer à Toulouse, quelques séances de séminaire en ligne seront également organisées entre novembre 2026 et mai 2027 en complément de cette journée (dates à définir). Une sélection des communications présentées fera l’objet d’une publication dans un numéro de revue de traductologie (envoi des articles avant le 31 mai 2027).

Les propositions doivent porter sur au moins une variété de français ou d’anglais comme langue source ou cible. Nous invitons les personnes intéressées à soumettre des propositions de communication en lien avec les thématiques et problématiques suivantes :

  • traduction des identités racisées, des héritages coloniaux et des perspectives décoloniales ;
  • traduction des minorités sexuelles et de genre, approches féministes et queer de la traduction ;
  • traduction des langues régionales ou variétés linguistiques minorisées (dialectes, sociolectes, parlers jeunes ou populaires, etc.) ;
  • traduction et expériences du handicap et de la

Les propositions adoptant une approche intersectionnelle, attentive à l’articulation de plusieurs formes de minorisation, sont particulièrement bienvenues. Les propositions pourront s’appuyer sur des corpus et des pratiques de traduction variés, notamment les textes littéraires, la bande dessinée, le théâtre, les œuvres audiovisuelles, les jeux vidéo, ainsi que la traduction institutionnelle et spécialisée ou l’interprétation. Les communications peuvent porter aussi bien sur la traduction de voix minorisées que sur les approches traductologiques développées pour répondre aux enjeux de leur représentation.

De manière transversale, ces thématiques pourront être abordées sous des angles variés, parmi lesquels :

  • les propriétés du texte hétérolingue : tension entre oral et écrit, questions de standardisation, rapports de force entre les langues, stratégies de représentation de l’altérité, rôle du texte dans la construction de l’identité de la communauté, etc. ;
  • l’organisation de la réception de textes présentant des voix minorisées dans la culture-cible : définition du public-cible, contraintes commerciales influençant le processus de traduction, attentes du lectorat et notion d’authenticité, diffusion auprès des groupes représentés, ;
  • la sociologie du marché littéraire mondialisé ;
  • la retraduction, l’autotraduction ou la non-traduction de textes donnant à entendre des voix minorisées ;
  • les pratiques de traduction collaboratives et décentrées (ex. co-traductions, « sensitivity readers », groupes de lecture, etc.) ;
  • le rôle du militantisme dans les projets de traduction et de recherche portant sur les voix minorisées.

Les propositions de communication (500 mots), accompagnées d’une courte notice biblio-biographique, sont à soumettre avant le 18 octobre 2026 à l’adresse suivante : traduireminorites.tract@gmail.com.

Une réponse sera communiquée avant le 15 décembre 2026.

Réseau de recherche « Traduire les voix minorisées » :

Charles Bonnot (TRACT/PRISMES, Université Sorbonne Nouvelle) Sophie Chadelle (CAS, Université Toulouse Jean-Jaurès)

Camille Le Gall (CAS, Université Toulouse Jean-Jaurès) Tiffane Levick (CAS, Université Toulouse Jean-Jaurès)

Juliette Pezaire (TransCrit, Université Paris 8 Vincennes-Saint Denis)

 

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