12-03-25 – Audience FLAREP – Ministère

Les participants

FLAREP

  • Olivier Pasquetti, président de la FELCO
  • Martine Ralu, vice-présidente de la FLAREP, présidente Òc-Bi
  • Annie Maudet, présidente de l’Association des enseignants de gallo
  • Olivier Engelaere, directeur de l’Agence régionale de la langue picarde

Ministère de l’Éducation nationale

  • David Muller, conseiller territoires et inégalités auprès du ministre
  • Marine Lartopont, cheffe de service (DGRH)
  • Laurent Russon, DGRH
  • Yann Bruyère, sous-direction de l’enseignement scolaire – innovations, formation et ressources pédagogiques (DGESCO)

NB. Voici les documents remis par la FELCO concernant la situation de l’enseignement public de l’occitan

1. Introduction

La réunion est ouverte par David Muller, récemment nommé conseiller territoires auprès du ministre, ancien DASEN de Côte-d’Or. Il indique que cette rencontre devait initialement se tenir en janvier mais avait été annulée suite au départ de son prédécesseur François Coux muté à l’Inspection Générale. Il souhaite désormais entrer dans le travail sur les dossiers relatifs aux langues régionales.

Il invite la délégation à présenter la FLAREP et indique avoir pris connaissance de la demande de la fédération d’organiser des rencontres régulières, à raison de deux par an.

2. Présentation de la FLAREP

Martine Ralu rappelle l’historique et le rôle de la FLAREP, fédération qui regroupe une quinzaine de langues régionales. Son objectif est de permettre à tous les élèves des territoires concernés d’être en contact avec ces langues dans le cadre de l’école publique.

Elle rappelle que l’Éducation nationale a d’abord reconnu un nombre limité de langues régionales avant d’élargir progressivement la liste à d’autres langues, dont le picard, le franco-provençal et le flamand occidental. Certaines langues disposent aujourd’hui de dispositifs structurés (CAPES, concours spécifiques, filières universitaires, enseignement bilingue), tandis que d’autres restent moins institutionnalisées.

La FLAREP se mobilise lorsque des évolutions réglementaires ou institutionnelles favorisent ou menacent le développement de l’enseignement des langues régionales. Elle évoque également les conclusions du rapport Brisson-Daniel consacré à ces questions.

M.Muller demande aussi à chaque structure de présenter son association et son champ d’actions.

3. Formation des enseignants et concours

La question de la formation des enseignants et du recrutement constitue un point central des échanges.
Annie Maudet souligne les difficultés rencontrées pour les langues qui ne disposent pas de dispositifs de formation structurés. Dans ces situations, les académies sont amenées à recourir à des enseignants titulaires d’autres concours mais sans formation spécifique aux langues régionales, cooptés par leurs pairs. En étant seulement enseigné en option, les jeunes ne peuvent pas prendre le Gallo en L2 au BAC. Ensuite, son enseignement reste bloqué en L3, les universités ne voyant pas la necessité d’engager les étudiants en Master puisque le CAPES n’existe pas.
Olivier Pasquetti évoque par ailleurs les inégalités territoriales. Inégalités à l’égard des langues étrangères et inégalités au sein des espaces linguistiques des LR. Certaines académies, notamment dans l’espace occitan, organisent un CRPE spécial langue régionale, tandis que d’autres n’offrent pas de dispositif comparable. Les parcours universitaires sont également très inégaux selon les territoires. Il souligne l’absence de LPE bilingue dans la réforme de la formation ce qui est assez paradoxal au regard de la Loi Molac et dénonce le faible volume horaire en langue régionale dans les formations aux concours pour les futurs candidats.
Interrogé par David Muller sur l’existence d’une demande réelle, Olivier Engelaere indique que la généralisation des concours constituerait un bon baromètre de la demande des enseignants et des étudiants. Selon lui, la mise en place systématique de ces concours inciterait les universités à créer des filières de formation dédiées, notamment dans les universités et les INSPE, afin de structurer la préparation des candidats.
Les représentants de la DGRH rappellent la reconnaissance des LR par le MEN, qu’elles sont valorisées partout et qu’ils sont arttentifs à la loi Molac.Ils précisent que la réforme actuelle des concours crée un contexte particulier, avec une double session destinée à assurer la transition entre l’ancien et le nouveau système, afin de ne pas pénaliser les étudiants engagés dans l’ancien dispositif.
Suite à ce propos, Olivier Pasquetti répond que les LR ne sont pas concernées par ce contexte particulier eu égard à la suppression du concours en M2 et que de surcroît, le CAPES a failli ne pas ouvrir pour la session 2026 faute de budget de l’État et son lien avec un nouveau concours placé en L3. Par ailleurs, il rappelle que les LR disposent de trop peu de postes au CAPES (3 pour l’occitan pour couvrir 32 départements) et demande à la DGRH d’une part de doubler le nombre de postes pour chacune des langues et d’autre part de créer un concours pour les langues qui n’en disposent toujours pas. L’addition de ce doublement représenterait un poids infime dans le budget de l’éducation nationale.

4. Ressources pédagogiques et programmes

Les échanges portent également sur les ressources pédagogiques. Olivier Engelaere s’étonne du choix qui a été fait sur la production d’outils pédagogiques pour le picard: pouquoi les enseignants d’une seule académie ont-ils été consultés? Laurent Russon répond que lorsque des groupes sont constitués autour d’une thématique, il est fait appel à des enseignants qui ont particulièrement travaillé le sujet sans se préoccuper de l’académie à laquelle ils appartiennent. Olivier Engelaere fait remarquer qu’il est dommage de ne pas profiter des expériences de chaque enseignant quand on est sur un domaine aussi peu travaillé.
Les représentants de la FLAREP soulignent que les ressources disponibles restent moins nombreuses que pour les langues étrangères, malgré les efforts réalisés sur les programmes.
Les représentants du ministère indiquent qu’un travail important est actuellement conduit à la DGESCO, notamment :

  • la révision des programmes ;
  • l’alignement des objectifs linguistiques sur le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL);
  • la production de ressources d’accompagnement pour les enseignants ;
  • la rédaction d’un vade-mecum des langues régionales.

Ces documents devraient être publiés prochainement et entrer progressivement en vigueur.
La DGESCO indique également suivre les effectifs d’élèves et les parcours scolaires avec les correspondants académiques afin de favoriser la continuité de l’enseignement.

5. Parcours scolaires et examens

La délégation attire l’attention sur certaines évolutions récentes susceptibles d’avoir un impact sur les langues régionales.
La réforme du lycée et du baccalauréat, en limitant le nombre d’options, a réduit la visibilité de certaines langues régionales.
De même, une attention particulière est portée par la FLAREP sur la réforme du la suppression des options au diplôme national du brevet (DNB). Celle-ci, à l’instar de la réforme du lycée et du nouveau bac pourrait entraîner une baisse importante du nombre d’élèves suivant un enseignement de langue régionale. Les deux raisons étant une baisse de la valorisation des options (leur poids étant diminué par deux) alliée à une baisse de l’accessibilité (une seule option étant désormais possible). La délégation de la FLAREP souligne la contradiction entre cette réforme du DNB et la loi Molac d’une part, les préconisations du rapport sénatorial Brisson d’autre part. Ils précisent que la réforme du bac alliée à celle du DNB constituaient la meilleure formule pour casser l’enseignement des LR dans le second degré.
La question de la possibilité pour les élèves de présenter le DNB en langue régionale est également évoquée. David Muller indique que cette question reste en suspens à ce stade.

6. Mise en œuvre de la loi Molac

La délégation souligne que les objectifs de la loi Molac restent encore inégalement atteints.
Parmi les points évoqués :

  • le rétablissement de l’option langues régionales au CRPE ;
  • le développement de concours spécifiques pour certaines langues ;
  • le renforcement de la formation initiale et continue des enseignants ;
  • le développement de conventions territoriales entre l’État et les collectivités.

Les représentants du ministère indiquent que la DGESCO est attentive à la mise en œuvre de la loi Molac, notamment à travers le bureau chargé des langues vivantes étrangères et régionales, et qu’elle entretient des relations régulières avec les opérateurs publics concernés. L’exemple des conventions est ainsi abordé et les représentants du ministère indiquent qu’ils s’adaptent aux demandes locales pour l’élaboration de celles-ci. Le travail varie d’un territoire à l’autre au sujet de ces conventions. C’est de cette manière qu’ils répondent de manière différente en fonction des interlocuteurs ce à quoi Olivier Pasquetti répond que c’est bien justement une harmonisation par le haut sur tout le territoire français vers laquelle il faut aller pour proposer cette offre , selon la loi Molac, et non répondre uniquement à une demande voire une pression locale qui peut être versatile en fonction des élus

7. Gouvernance et instances académiques

Olivier Engelaere évoque la question du décret de 2002 relatif aux conseils académiques des langues régionales (CALR).
Il demande que les académies de Lille et d’Amiens soient ajoutées à la liste des académies mentionnées dans ce décret, afin qu’elles soient tenues de réunir un conseil académique des langues régionales.
Cette évolution permettrait de renforcer la concertation institutionnelle autour de l’enseignement des langues régionales, notamment pour le picard, présent sur plusieurs académies mais ne bénéficiant pas toujours d’un cadre formalisé de dialogue entre rectorats, collectivités territoriales et acteurs linguistiques.

8. Moyens et démographie scolaire

David Muller rappelle que l’Éducation nationale doit faire face à une baisse démographique importante, estimée à près d’un million d’élèves en moins entre 2019 et 2029.
Dans ce contexte, la répartition des moyens relève d’arbitrages globaux au niveau national.
Les représentants de la FLAREP soulignent néanmoins la nécessité de maintenir un nombre suffisant de postes et de concours, afin de garantir l’attractivité de ces disciplines et d’assurer la transmission des langues régionales. Ils insistent sur le besoin d’une surpondération que nécessite l’organisation d’un enseignement des langues régionales pour les académies qui en ont la charge sans quoi, cet enseignement sera toujours à la merci d’un arbitrage rectoral voir local.
Les représentants de la DEGESCO semblent déstabilisés par cette demande, ils recomptent les académies qui seraient concernées mais ne nient pas cette différence.

9. Situation des structures associatives

La question du financement de la FLAREP est également évoquée. Les représentants du ministère indiquent que la question des subventions concerne aujourd’hui un grand nombre de structures partenaires de l’Éducation nationale. Olivier Pasquetti précise que c’est quasiment 70 % de baisse de subvention que la FLAREP a connu en l’espace d’une décennie, ce qui est assez rare.

10. Suite des échanges

Les participants conviennent de poursuivre le dialogue entre la FLAREP et le ministère.

Il est envisagé d’organiser une prochaine rencontre à l’automne, autour du mois de septembre, afin de poursuivre les échanges sur les différents sujets évoqués lors de cette réunion.

 

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