On trouvera à la suite la version française du rapport moral présenté à l’AG du CREO le 10 octobre à Montpellier. La version occitane est disponible sur ce lien.
Vie interne du CREO 2025-26
Commençons par un appel à bonnes volontés pour des engagements nouveaux dans lo CA (qui élira son bureau). Merci aux collègues que y sont présent.es dont nous souhaitons qu’ils restent. Mais il en faut davantage, surtout pour assurer la représentativité académique du CREO dans l’Aude, le Gard et la Lozère : nous ne sommes pas le CREO « de Montpellier », nous sommes le CREO Lengadòc. Les réunions qui se font en grande partie par visio permettent cette participation à distance.
Le rôle du CREO et de ceux qui le font vivre est de représenter l’enseignement public de l’occitan à tous les niveaux de la société et dans les 4 départements concernés : élus, responsables administratifs ou syndicaux. Dans les temps difficiles que nous traversons, l’école n’est pas épargnée et l’action collective est plus que jamais nécessaire pour penser les difficultés sociales, économiques, écologiques, et pour les affronter.
Le CREO est, depuis sa création vers 1960, le lieu historique de la réflexion et de l’action pour défendre, développer et faire connaître l’enseignement public de l’occitan. Il vit de votre engagement et de votre confiance. Le nombre d’adhérents a augmenté en dix ans, de 70 à 145, ce qui est la condition de notre représentativité partout où nous devons intervenir. Certes il y a encore trop d’oublis de cotisations de votre part ! Même venant de collègues actifs et dont le dynamisme pédagogique est bien connu… Nous devons rappeler que l’influence de l’association dépend de ce geste d’adhésion, en rien négligeable.
Tout au cours de l’année, les élus du CA ont tenu des réunions, ont eu de nombreux échanges téléphoniques et essayé de répondre au mieux aux problèmes rencontrés.
La Journée Total Festum, organisée à Lézignan-Corbières, a permis, à l’initiative de Mélanie Roussel, professeure d’occitan à Lézignan et Narbonne, d’associer enseignants, élèves et parents pour valoriser le cursus bilingue de la maternelle au collège. À cette occasion le CREO a invité – et bien entendu rétribué – le musicien Jocelyn Papon qui est intervenu devant quelque 80 élèves. Notons que la subvention accordée par Total Festum ne couvre que la moitié du budget de ces journées pédagogiques annuelles.
Plusieurs collègues ont tenu les stands du CREO à Salinelles (30) ou à Sébazac (12), occasion de vendre des livres et des outils pédagogiques indispensables à la diffusion de notre culture vivante et aussi à la bonne santé financière de l’association. C’est même la condition de son fonctionnement en général, et en particulier des aides aux projets pédagogiques et à la documentation (3000 euros) dont vous avez trouvé dans Ensenhad’òc (https://www.felco-creo.org/wp-content/uploads/2026/09/2026-09-02-ENSENHADOC-2026-VF-A5.pdf) la présentation détaillée.
Relations avec les autorités académiques
Deux CALR (conseil académique des langues régionales) se tiennent par an, chacun préparé par quatre groupes départementaux de travail : dix réunions annuelles qui demandent chacune un long temps de préparation technique, de concertation, d’études de dossiers, puis de rédaction de comptes rendus… Dans ces réunions essentielles, les questions de fond sont posées, argumentées et parfois les décisions sont prises. Nous devons reconnaître que les DSDEN aussi bien que le rectorat font preuve au cours des échanges d’une réelle attention et d’une volonté trouver des accords à tous les niveaux. La ténacité du CREO dans ce cadre, en collaboration avec l’OPLO (office public de la langue occitane) et les syndicats, nous a permis d’avancer sur plusieurs sujets. Ainsi, par exemple, s’agissant de la formation continue qui était problématique dans le Gard, nous avons obtenu un poste dans le cadre du dispositif Ensenhar et la possibilité pour cinq collègues d’assister au stage académique de début d’année.
Relations avec les collectivités territoriales
Nous regrettons, une fois encore, l’absence quasi systématique des élus – Région, départements, communes, agglos ou métropoles – dans les réunions de travail dont nous venons de parler où ils sont officiellement convoqués par le rectorat. Ce dispositif représente pourtant le lieu où les problèmes sont soulevés et discutés démocratiquement – plutôt que dans les couloirs ou par relations personnelles –, le lieu où le poids politique, le métier, l’influence de chaque élu sont essentiels vis-à-vis de notre administration de tutelle, si tant est qu’ils souhaitent participer au développement pour tous de l’enseignement de la langue régionale. Bien entendu, nous sollicitons individuellement les élus ici ou là quand se pose une question urgente de poste ou de moyens. Mais il leur manque souvent une vue d’ensemble de l’enseignement public de l’occitan – sinon la connaissance de son existence même ! Enfin, si nous recevons encore de plusieurs collectivités des soutiens financiers qui valent reconnaissance organique (1500 de la Région via Total Festum, 1000 euros du Département de l’Hérault, 1000 euros de la ville et Métropole de Montpellier), nous devons toutefois noter, comme l’an dernier, une baisse des aides régionales apportées à l’enseignement public, conséquence, comme on sait, des difficultés croissantes des collectivités territoriales. Citons :
– la baisse de la subvention à Zo Petaçon, notre association-relais qui porte le projet pédagogique académique réunissant plusieurs milliers d’élèves. De ce fait, décision a été prise de n’organiser un rassemblement que tous les 2 ans, ce qui réduit la portée du travail remarquable de nos professeurs des écoles.
– l’annonce, fin 2024-25, de la suspension d’aides aux projets culturels en occitan et catalan (PEC CO), puis, pour l’OPLO, des bourses Ensenhar pour les étudiants ainsi que de l’aide à l’inscription au DCL.
Rappelons que l’enseignement public de l’occitan, qui concerne plus de 12000 élèves dans notre académie, a pour vocation, selon le texte de la loi de 2021 – https://www.felco-creo.org/loi-n-2021-641-du-21-mai-2021-relative-a-la-protection-patrimoniale-des-langues-regionale/, d’être proposé à tous. Nous demandons, comme enseignants, citoyens, et militants, que les aides à l’enseignement de l’occitan soient plus transparentes qu’elles ne le sont actuellement dans toutes les instances, nationale, interrégionales, régionales ou locales… C’est pour nous une position de principe que nous rappelons ici : il nous semble normal que les chiffres soient publiés, que l’on sache quelle somme est affectée par qui et à qui, quelle que soit la complexité (toute relative d’ailleurs) des structures aidantes et aidées.
Notons aussi des avancées, montpelliéraines par exemple (vous en avez vu d’autres dans Ensenhad’òc et nous vous invitons à en signaler de votre côté), pas nécessairement financières, mais plutôt culturelles et politiques :
– Grâce à l’implication du pôle « Culture et patrimoine » de la Métropole de Montpellier, en particulier de Marie Susplugas qui en a été l’âme, le projet culturel de 2025 « Max Rouquette à Montpellier » a été largement réussi. Pour 2026-27, le projet « Femmes occitanes » est également prometteur.
– Avec les élections municipales s’est créé un collectif « Montpelhièr l’occitana », regroupant les associations occitanistes de la ville, qui a su dialoguer avec l’équipe élue. Il s’en suit la nomination à la langue et culture occitanes d’un adjoint, Alban Zanchiello et d’un vice-président de la Métropole, Eric Penso. Tous deux se sont engagés à poursuivre l’œuvre de Boris Bellanger avec qui nous avons fait un bout de chemin et que nous tenons à remercier.
Situation de l’enseignement
Sur 20 lycées où l’on enseignait l’occitan il y a dix ans, il n’en reste que 10, dont les effectifs sont insuffisants pour assurer le suivi du collège et nourrir les viviers d’étudiants qui envisagent des professions demandant une bonne compétence linguistique. C’est, entre autres, le statut dévalorisé des options au lycée qui aboutit à une telle situation. Le nombre de professeurs certifiés d’occitan ne cesse de diminuer de ce fait, ainsi que les postes mis au concours. Une partie des services est consacrée à enseigner la valence, ou à multiplier le nombre d’établissements, ce qui est épuisant et douloureux. Plusieurs professeurs en fin de carrière expriment leur amertume.
Meilleure situation en 1er degré : les contributions à Ensenhad’òc en font état. Cependant, on constate que le développement du bilinguisme souffre d’un manque de personnel qualifié, malgré l’apport du dispositif Ensenhar / professeur. Les sites bilingues créés sont parfois fragilisés par l’absence de personnels de remplacement, par les réformes de la formation – les titulaires d’une licence d’occitan deviennent trop rares à l’heure actuelle. Heureusement les sites plus anciens sont souvent tenus par l’énergie de collègues motivés et compétents, en plusieurs écoles où leur efficacité est reconnue.
In fine, et sans surprise, le CREO regrette les positions hésitantes ou parfois hostiles de certains cadres intermédiaires (IEN, Chefs d’établissements) devant les projets de développement du bilinguisme occitan-français, qu’ils émanent de la hiérarchie de l’Éducation nationale ou de projets impulsés au niveau régional. Sur ce point, il ne faut pas cesser, ensemble, d’être vigilants et solidaires.